La nécessité désigne ce qui ne peut pas ne pas arriver ; poser la question, c’est demander si le roman démontre un enchaînement ou raconte une suite de circonstances. Le parcours « anatomie des passions » suggère la première réponse, mais le récit ménage des seuils.
Le crime est-il l’aboutissement mécanique du désir, ou le produit d’une rencontre entre un désir et des circonstances ?
Le plan en trois parties
Le roman construit un enchaînement qui paraît inévitable
- Des années d’étouffement ont accumulé en Thérèse une énergie qui ne peut se libérer que par une violence.la vie engourdie de Thérèse avant Laurent, chap. III
- L’idée du meurtre apparaît comme une conséquence naturelle du désir contrarié, glissée dans une phrase anodine.la remarque de Laurent sur les accidents, chap. IX
- Le tempérament de Laurent le prédispose à préférer la solution la plus courte : il veut des jouissances faciles et durables.le portrait de Laurent, chap. V
Le récit ménage pourtant des délais, des hésitations et des occasions
- Le crime exige un lieu, un jour, une barque et un soir : la contingence est nécessaire à son accomplissement.la promenade du dimanche et le crépuscule, chap. XI
- Après le meurtre, il faut encore une longue construction sociale pour parvenir au mariage : le crime ne suffit pas, il faut le faire accepter.le récit mensonger de Laurent, chap. XIX
- Les amants calculent l’aveuglement de leur entourage et s’en servent : ils agissent en stratèges, non en automates.Thérèse jugeant les habitués incapables de voir, chap. VII
La nécessité est moins physiologique que sociale
- C’est l’enfermement derrière une vitrine, l’absence d’avenir et le mariage subi qui rendent le crime pensable.la silhouette de Thérèse dans la boutique, chap. I
- Le lieu lui-même a déjà la forme du crime : le roman s’ouvre sur un décor de guet-apens.le passage devenu coupe-gorge, chap. I
- La société du jeudi, avec sa mécanique sans vie, fabrique l’asphyxie dont le meurtre sera l’issue.les soirées vécues comme un caveau, chap. IV
Faire du milieu la cause du crime, n’est-ce pas déjà, chez Zola, poser la question politique que Germinal rendra explicite ?