Le roman est une chronique de femmes, et les hommes y abandonnent, y meurent ou y frappent. Mais le texte explique aussi ce qui les défait, et il compte des figures masculines pleinement estimées.
Le roman disqualifie-t-il les hommes au profit d’une lignée féminine, ou fait-il de leur faiblesse l’effet d’une histoire qui les dépasse ?
Le plan en trois parties
Une série d’hommes qui manquent ou qui nuisent
- Le compagnon de l’aïeule l’abandonne enceinte : le premier homme du roman est celui qui s’en va.Première partie, Minerve abandonnée après l’abolition
- Le père de la narratrice, silencieux et sans ambition, meurt sans avoir rien pu fonder : il disparaît du récit comme il a traversé la vie.Première partie, le portrait d’Angebert et sa mort brutale
- Les paroles blessantes lancées devant témoins et les coups font du compagnon d’enfance le principal agent de la chute de Télumée.Deuxième partie, les humiliations publiques et la rupture avec Elie
Mais le roman donne à cette faiblesse une cause sociale
- L’arrêt des chantiers précède la violence : c’est l’homme privé de travail que le récit montre devenir dangereux.Deuxième partie, l’arrêt des chantiers et le désœuvrement d’Elie
- La mort de l’homme de tête pendant la grève rappelle que les hommes du roman meurent aussi d’avoir affronté l’usine.Deuxième partie, la grève à l’usine et la mort d’Amboise
- L’agonisant délaissé par tous est la figure extrême de cette déchéance masculine que la communauté fabrique et punit.Deuxième partie, l’agonie de Médard et l’abandon du village
Et il compte des hommes qui tiennent debout
- Celui qui bâtit la maison de Toussine et partage la régularité de ses travaux incarne une masculinité constructive et admirée.Première partie, la vie commune de Toussine et Jérémie
- L’homme revenu de métropole apporte une lucidité politique : il comprend ce qu’il a vu et sait le dire.Deuxième partie, l’arrivée d’Amboise et son récit de la France
- Les années de vie commune faites de travaux partagés et d’attention réciproque dessinent un compagnonnage d’égal à égale.Deuxième partie, les années de vie commune avec Amboise
Une chronique de femmes peut-elle rendre justice aux hommes sans cesser d’être une chronique de femmes ?