À propos de cette page
Ce cours de français en première sur « Histoire du théâtre du XVIIe au XXIe siècle : classicisme, romantisme, théâtre contemporain » suit le programme officiel de français de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Le théâtre : définition, espace et genres dramatiques, Le classicisme au théâtre (XVIIe siècle) : règles et œuvres, Les Lumières et le renouveau dramatique (XVIIIe siècle), Le drame romantique (XIXe siècle) : rupture et liberté. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en français.
Au programme
1 · Le théâtre : définition, espace et genres dramatiques
2 · Le classicisme au théâtre (XVIIe siècle) : règles et œuvres
3 · Les Lumières et le renouveau dramatique (XVIIIe siècle)
4 · Le drame romantique (XIXe siècle) : rupture et liberté
5 · Le théâtre naturaliste et symboliste (fin XIXe – début XXe siècle)
6 · Le théâtre de l'absurde et les avant-gardes (XXe siècle)
7 · Le théâtre contemporain (XXe-XXIe siècle) : nouvelles formes
8 · Lire et analyser une pièce de théâtre : méthode
1Le théâtre : définition, espace et genres dramatiques
Le théâtre est à la fois un texte (le texte dramatique) et une représentation (le spectacle vivant). Cette double nature distingue la littérature dramatique des autres genres littéraires.
Définition. Le mot théâtre vient du grec theatron (« lieu où l'on regarde »). Le théâtre est un art du présent, dans lequel des acteurs incarnent des personnages face à un public, dans un espace scénique.
L'espace théâtral comprend plusieurs éléments :
- La scène : espace de jeu des acteurs.
- La salle (ou orchestra à l'antique) : espace du public.
- Les coulisses : espace hors-scène non visible.
- Les didascalies : indications scéniques dans le texte.
Les principaux genres dramatiques évoluent au fil des siècles :
| Genre | Caractéristiques | Tonalité |
|---|
| Tragédie | Personnages nobles, destin fatal, passions | Grave, pathétique |
| Comédie | Personnages ordinaires, fin heureuse, satire sociale | Comique, satirique |
| Tragi-comédie | Mélange des deux, péripéties complexes | Mixte |
| Drame | XIXe-XXe s. : personnages ordinaires, sujets graves | Grave, varié |
Astuce. Pour l'oral du bac, distinguer systématiquement le texte dramatique (lu) de la représentation (jouée). Les deux dimensions sont attendues dans votre analyse.
2Le classicisme au théâtre (XVIIe siècle) : règles et œuvres
Le classicisme désigne un mouvement artistique et littéraire qui s'épanouit en France sous le règne de Louis XIV (1643-1715). Il fait de l'Antiquité gréco-latine un modèle à imiter et impose des règles strictes.
La règle des trois unités (codifiée par l'abbé d'Aubignac, 1657) :
• Unité de temps : l'action dure au maximum 24 heures.
• Unité de lieu : l'action se déroule en un seul endroit.
• Unité d'action : une seule intrigue principale.
D'autres principes complètent ces règles :
- La vraisemblance : l'action doit sembler possible et crédible au spectateur.
- La bienséance : les scènes choquantes (violence, mort) ne doivent pas être montrées sur scène.
- La séparation des genres : tragédie et comédie restent distinctes.
- La morale : la pièce doit instruire et élever l'âme (placere et docere : plaire et instruire).
Les grands auteurs classiques :
- Pierre Corneille (1606-1684) : Le Cid (1637), Horace, Cinna. Héros déchirés entre devoir et passion.
- Molière (1622-1673) : Tartuffe, Dom Juan, Le Misanthrope. Comédie de mœurs et satire sociale.
- Jean Racine (1639-1699) : Andromaque, Phèdre. Tragédie de la passion et de la fatalité.
Exemple. Dans Phèdre de Racine (1677), l'héroïne aime d'un amour coupable son beau-fils Hippolyte. Cette passion impossible illustre la fatalité tragique : Phèdre sait que son amour est interdit mais ne peut y résister. La pièce respecte les trois unités.
Attention ! La querelle du Cid (1637) montre que le classicisme ne s'impose pas sans débat : l'Académie française reproche à Corneille de violer certaines règles. Le classicisme est donc une norme construite progressivement.
3Les Lumières et le renouveau dramatique (XVIIIe siècle)
Au XVIIIe siècle, les philosophes des Lumières remettent en cause les règles classiques et cherchent à faire du théâtre un outil de critique sociale et de réforme morale.
Le principal bouleversement est l'invention du drame bourgeois par Denis Diderot :
Le drame bourgeois (Diderot, De la poésie dramatique, 1758) :
• Personnages de la classe moyenne (bourgeois, artisans), non nobles.
• Sujets tirés de la vie quotidienne et familiale.
• Mélange sérieux et pathétique, fin pas nécessairement heureuse.
• Objectif : émouvoir et moraliser le spectateur.
Parmi les auteurs marquants :
- Marivaux (1688-1763) : Le Jeu de l'amour et du hasard (1730). Exploration psychologique fine des sentiments amoureux, langage subtil dit le « marivaudage ».
- Beaumarchais (1732-1799) : Le Barbier de Séville (1775), Le Mariage de Figaro (1784). Critique acerbe des privilèges aristocratiques, personnage du valet rusé.
- Voltaire : tragédies philosophiques pour critiquer l'intolérance.
Exemple. Dans Le Mariage de Figaro, le valet Figaro dénonce les inégalités sociales dans le célèbre monologue du V : « Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie ! […] Qu'avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître. » La pièce préfigure les idées révolutionnaires.
Astuce. Pour distinguer Marivaux et Beaumarchais : Marivaux s'intéresse à la psychologie amoureuse, Beaumarchais à la critique sociale et politique.
4Le drame romantique (XIXe siècle) : rupture et liberté
Au XIXe siècle, le romantisme révolutionne le théâtre en rejetant les contraintes classiques. La Préface de Cromwell de Victor Hugo (1827) est le manifeste fondateur du drame romantique.
Les principes du drame romantique (Hugo, 1827) :
• Refus des trois unités (surtout de lieu et de temps).
• Mélange du sublime et du grotesque : comique et tragique ensemble.
• Personnages historiques complexes, ni tout bons ni tout mauvais.
• Liberté formelle : longueur variable, décors multiples, couleur historique locale.
La Bataille d'Hernani (25 février 1830) est un événement culturel majeur : lors de la première d'Hernani de Hugo à la Comédie-Française, les partisans du romantisme (dont Théophile Gautier) affrontent les défenseurs du classicisme dans la salle. C'est la victoire symbolique du romantisme.
Auteurs et œuvres du drame romantique :
- Victor Hugo : Hernani (1830), Ruy Blas (1838). Héros historiques et révoltés.
- Alfred de Musset : Lorenzaccio (1834), On ne badine pas avec l'amour. Désillusion et mélancolie.
- Alexandre Dumas père : Henri III et sa Cour (1829). Drames historiques populaires.
Exemple. Lorenzaccio de Musset illustre parfaitement le drame romantique : le héros Lorenzo de Médicis assassine le duc Alexandre pour libérer Florence, mais cette action héroïque ne change rien. La pièce, longtemps jugée injouable, exprime le désenchantement politique propre aux romantiques après 1830.
Attention ! Le romantisme au théâtre ne signifie pas seulement « sentimental ». Il s'agit avant tout d'une esthétique de la liberté formelle et du mélange des registres.
5Le théâtre naturaliste et symboliste (fin XIXe – début XXe siècle)
La fin du XIXe siècle voit deux tendances opposées s'affronter dans le théâtre français.
1. Le théâtre naturaliste — Influencé par les théories de Zola :
- Représenter la réalité sociale avec exactitude (milieux populaires, conditions ouvrières).
- André Antoine fonde le Théâtre Libre (1887) pour expérimenter ce théâtre nouveau.
- Décors réalistes (vrais meubles, vrais accessoires), jeu d'acteur naturel.
2. Le théâtre symboliste — Réaction contre le naturalisme :
Le symbolisme dramatique cherche à suggérer plutôt qu'à montrer, à créer une atmosphère mystérieuse, à exprimer les états d'âme et l'invisible. Le langage devient poétique, les décors épurés.
- Maurice Maeterlinck : Pelléas et Mélisande (1892). Drame de l'incommunicabilité.
- Alfred Jarry : Ubu Roi (1896). Parodie grotesque qui annonce le théâtre d'avant-garde et l'absurde.
Exemple. Ubu Roi de Jarry s'ouvre sur le mot « Merdre ! » (néologisme provocateur). Le personnage du Père Ubu, roi grotesque et tyrannique, est une satire du pouvoir et de la médiocrité humaine. La pièce choque le public de 1896 et préfigure les avant-gardes du XXe siècle.
Astuce. Retenez Jarry comme charnière : il clôt le XIXe siècle et ouvre la voie au surréalisme, à Dada, puis à l'absurde.
6Le théâtre de l'absurde et les avant-gardes (XXe siècle)
Au XXe siècle, surtout après la Seconde Guerre mondiale, le théâtre connaît une révolution radicale avec ce qu'on appelle le théâtre de l'absurde et plus largement les avant-gardes dramatiques.
Le théâtre de l'absurde (terme du critique Martin Esslin, 1961) exprime l'absurdité de la condition humaine : absence de sens, de communication, d'espoir. Il se caractérise par :
• Des personnages sans psychologie approfondie, répétitifs, en attente vaine.
• Un langage qui tourne à vide, truffé de répétitions et de non-sens.
• Des situations statiques sans intrigue traditionnelle.
• Un refus des conventions théâtrales héritées.
Les auteurs majeurs :
- Samuel Beckett (1906-1989) : En attendant Godot (1953), Fin de partie (1957). Personnages qui attendent quelqu'un qui ne vient pas ; langage dépouillé.
- Eugène Ionesco (1909-1994) : La Cantatrice chauve (1950), Rhinocéros (1959). Dérision du langage bourgeois, critique du conformisme.
- Jean Genet (1910-1986) : Les Bonnes (1947), Le Balcon. Théâtre de la cérémonie et du rituel, renversement des rôles sociaux.
Exemple. Dans En attendant Godot, Vladimir et Estragon attendent Godot qui ne vient jamais. Leurs dialogues tournent en rond, rien ne se passe, et pourtant la pièce interroge profondément le sens de l'existence humaine. Beckett dit : « Rien n'est plus drôle que le malheur. »
Attention ! « Absurde » ne signifie pas « sans intérêt » ou « incompréhensible ». Le terme désigne philosophiquement l'absence de sens dans l'univers (au sens de Camus). Ces pièces ont une portée philosophique profonde.
D'autres courants d'avant-garde marquent le XXe siècle : le théâtre épique de Bertolt Brecht (distanciation, engagement politique), le théâtre de la cruauté d'Antonin Artaud (refus du texte, privilège du corps et de la sensation).
7Le théâtre contemporain (XXe-XXIe siècle) : nouvelles formes
À partir des années 1960-1970, puis au XXIe siècle, le théâtre se transforme profondément. On parle de théâtre post-dramatique (Hans-Thies Lehmann, 1999) pour désigner des formes qui ne se fondent plus sur un texte dramatique préexistant.
Les principales caractéristiques du théâtre contemporain :
- Hybridation des arts : le théâtre intègre la danse, la vidéo, la musique, les nouvelles technologies.
- Mise en scène souveraine : le metteur en scène devient un auteur à part entière (Ariane Mnouchkine, Peter Brook, Patrice Chéreau).
- Déconstruction du récit : l'intrigue linéaire disparaît au profit de fragments, de tableaux, d'images.
- Rapport scène/salle repensé : théâtre in situ, théâtre immersif, déambulations, spectateurs acteurs.
Auteurs et metteurs en scène contemporains :
- Bernard-Marie Koltès (1948-1989) : Dans la solitude des champs de coton, Roberto Zucco. Poésie de la nuit et des marginaux.
- Yasmina Reza (1959-) : Art (1994), Le Dieu du carnage (2006). Comédie grinçante sur les relations humaines.
- Wajdi Mouawad (1968-) : Incendies (2003). Théâtre épique, quête d'identité, violence de l'Histoire.
- Joël Pommerat (1963-) : Cendrillon, La Grande et Fabuleuse Histoire du commerce. Écriture de plateau, univers poétique et politique.
Exemple. Incendies de Mouawad entrelace deux récits : au présent, des jumeaux partent au Moyen-Orient sur les traces de leur mère ; dans des flashbacks, on découvre la vie tragique de Nawal. La structure fragmentée, le mélange des temporalités et l'amplitude épique sont caractéristiques du théâtre contemporain.
Astuce. Au bac, pour une œuvre de théâtre contemporain, interrogez toujours la relation texte/scène : qu'est-ce que le texte seul ne peut pas dire ? Qu'est-ce que la mise en scène apporte ?
8Lire et analyser une pièce de théâtre : méthode
Pour analyser un texte dramatique, il faut maîtriser à la fois le vocabulaire spécifique et les outils d'analyse littéraire.
Le vocabulaire du théâtre :
| Terme | Définition |
|---|
| Acte | Grande division de la pièce (ex. : 5 actes pour une tragédie classique) |
| Scène | Subdivision de l'acte, délimitée par les entrées/sorties des personnages |
| Réplique | Prise de parole d'un personnage dans un dialogue |
| Tirade | Longue réplique d'un seul personnage |
| Monologue | Discours d'un personnage seul en scène |
| Aparté | Parole dite au public, non entendue des autres personnages |
| Didascalie | Indication scénique (en italique dans le texte) |
| Exposition | Scène(s) initiale(s) présentant la situation de départ |
| Nœud | Moment de tension maximale de l'intrigue |
| Dénouement | Résolution finale de l'intrigue |
Les registres du théâtre :
- Tragique : destin fatal, héros noble, mort.
- Comique : satire, situation cocasse, malentendu (quiproquo).
- Pathétique : appel à la pitié, souffrance du personnage.
- Lyrique : expression des sentiments intimes (souvent dans les monologues).
- Épique : récit de faits héroïques, ampleur narrative.
Méthode d'analyse d'une scène de théâtre :
1. Situation : qui parle ? à qui ? dans quel contexte de la pièce ?
2. Mouvements : dégager 2 à 3 mouvements (axes d'analyse).
3. Analyse : pour chaque mouvement, citer + analyser les procédés stylistiques.
4. Ouverture : relier à l'œuvre complète, au mouvement littéraire, à un parcours associé.
Astuce. Pensez toujours à la double énonciation au théâtre : les personnages se parlent entre eux, mais ils s'adressent aussi implicitement au public. Cette tension est souvent au cœur des analyses.
★À retenir
En bref :
• Classicisme (XVIIe s.) : règles des trois unités, bienséance, vraisemblance → Corneille, Molière, Racine.
• XVIIIe s. : drame bourgeois (Diderot), critique sociale (Beaumarchais, Marivaux).
• Romantisme (XIXe s.) : refus des règles, mélange sublime/grotesque → Hugo, Musset (Préface de Cromwell, 1827 ; Bataille d'Hernani, 1830).
• Fin XIXe s. : naturalisme (Antoine), symbolisme (Maeterlinck), avant-garde (Jarry).
• XXe s. — Absurde : langage vide, personnages en attente, condition humaine → Beckett, Ionesco.
• Contemporain : hybridation des arts, mise en scène souveraine, théâtre post-dramatique → Koltès, Reza, Mouawad.
• Vocabulaire clé : acte, scène, tirade, monologue, aparté, didascalie, exposition, nœud, dénouement.
• Double énonciation : les personnages parlent aux autres ET au public.