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Pluie et vent sur Télumée Miracle

Simone Schwarz-Bart, 1972 — parcours « tisser les mémoires, habiter le monde »

À propos de cette page
Ce devoir surveillé sur « Pluie et vent sur Télumée Miracle » en première permet de faire le point sur ses connaissances en français, comme lors d'un véritable contrôle. Elle suit le programme officiel de première et propose plusieurs exercices notés sur 20, avec un corrigé détaillé. Au programme : L’autrice et le moment : la Guadeloupe de 1972, La genèse : d’une œuvre à quatre mains à une voix de femme, L’architecture : la lignée, puis la vie, La lignée et le village : les personnages. Travaille seul, chronomètre-toi, puis compare tes réponses au corrigé pour identifier les points à revoir. Parfait pour mesurer ses progrès et réviser efficacement. Évaluation gratuite conçue par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première en français.
Devoir surveillé · Épreuve du bac · Durée 240 min · Noté sur 20
240:00

Sans document · Vous traiterez le sujet sous la forme d’une dissertation, en vous appuyant sur le roman de Simone Schwarz-Bart au programme, sur le parcours associé « tisser les mémoires, habiter le monde » et sur vos lectures personnelles. L'œuvre étant protégée par le droit d’auteur, vous désignerez et décrirez les passages en les situant précisément (partie, épisode) plutôt qu’en les citant.

Devoir surveillé · Français
Pluie et vent sur Télumée Miracle
Classe de 1ʳᵉ
Durée : 4 h
Barème : / 20 points
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Prénom : ……………………………………………

Sujet

/ 20 pts

Dans Pluie et vent sur Télumée Miracle, ce que Télumée reçoit des femmes qui l’ont précédée lui suffit-il à habiter le monde ?

Corrigé rédigé — une dissertation complète (2221 mots), à n'ouvrir qu'après avoir composé

Introduction

Un roman qui veut dire ce qu’est une vie commence rarement par la naissance de son héroïne. Simone Schwarz-Bart, dans Pluie et vent sur Télumée Miracle (1972), consacre toute sa première partie à des femmes mortes avant que la narratrice ne parle : l’aïeule affranchie au lendemain de l’abolition, la grand-mère que le village finit par renommer, la mère qui conduit l’enfant sur l’autre rive.

Ce que Télumée reçoit de ces femmes n’est pas un patrimoine : ni terre, ni argent, ni statut. C’est un ensemble de récits, de sentences, de gestes et d’exemples, ce que le parcours appelle des mémoires tissées. Habiter le monde, dans le vocabulaire du roman, ne signifie pas y résider, mais y tenir une place que rien ne vous conteste plus : avoir un lieu, un nom, un usage pour les autres.

Or tout le roman semble démentir la puissance de cet héritage. Les femmes qui l’ont transmis ont elles-mêmes tout perdu, et Télumée s’effondre à son tour en dépit de ce qu’elle sait. Une sagesse reçue peut équiper une conscience sans rien changer à la condition sociale qui l’écrase.

L’héritage féminin suffit-il, dans le roman de Simone Schwarz-Bart, à rendre le monde habitable à celle qui le reçoit, ou faut-il qu’elle en fasse autre chose que ce qu’il est ?

On montrera d’abord que ce que Télumée reçoit constitue un véritable équipement pour habiter le monde. On verra ensuite que cet équipement est mis en échec par l’Histoire et par le malheur, au point de laisser l’héroïne sans ressource. On établira enfin que l’héritage ne devient habitable qu’à la condition d’être repris, réinventé et rendu à d’autres.

I. Ce que Télumée reçoit des femmes de sa lignée constitue un véritable équipement

Le roman construit d’abord un héritage d’exemples. La première partie raconte l’aïeule libérée par l’abolition et aussitôt abandonnée par l’homme dont elle attend un enfant : le récit familial commence donc par une femme qui doit tout refaire sans rien. Vient ensuite l’épisode du bonheur conjugal de la grand-mère, avec la maison bâtie par son compagnon, la régularité de leurs travaux et l’admiration du village, puis l’incendie qui emporte leur fillette et laisse la survivante retirée du monde. Le passage décisif est celui de son relèvement : ceux qui la croyaient perdue la voient reparaître, et le village décide de la nommer autrement. Télumée reçoit ainsi, avant toute leçon explicite, une démonstration : on peut être détruit et revenir. Ces figures ne sont pas des modèles moraux abstraits, ce sont des précédents. Elles prouvent à celle qui écoute que la catastrophe n’est pas le dernier mot, parce que d’autres, dans la même case et sous la même pluie, s’en sont relevées. Habiter le monde suppose d’abord de croire qu’on peut y rester : c’est ce que la lignée établit.

L’héritage est ensuite une méthode. La deuxième partie montre la grand-mère enseignant par sentences : elle ne commente pas une situation, elle lui applique une formule empruntée aux bêtes, aux plantes ou au temps qu’il fait. Ce mode de transmission a une efficacité propre. La sentence est brève, donc transportable ; elle est imagée, donc applicable à des situations que celle qui l’a forgée n’a pas connues ; elle est impersonnelle, donc elle survit à celle qui la prononce. Là où un conseil vieillit avec son auteur, le proverbe se recharge à chaque circonstance nouvelle. Télumée reçoit ainsi un outillage mental qu’elle pourra emporter partout, jusque dans la grande maison béké où rien de ce qu’elle a appris ne semble avoir cours. Le roman insiste d’ailleurs sur la manière dont ces formules reviennent à sa mémoire aux moments décisifs, non comme une consolation, mais comme une consigne. La mémoire tissée n’est pas ici un album de souvenirs : c’est un manuel de conduite, remis à quelqu’un qui devra s’en servir seul.

L’héritage est enfin un savoir, et un savoir double. Les visites de l’enfant à la vieille femme isolée lui apprennent à reconnaître les plantes, leurs usages et les gestes qui les accompagnent : une science pratique, immédiatement monnayable en soins. Mais cette même femme lui transmet autre chose, plus lourd : l’évocation du temps de la plantation, les corps marqués, les châtiments, la propriété des terres et des êtres. La mémoire de l’esclavage entre dans le roman par cette parole-là, la seule qui porte le passé que l’abolition a laissé sans archive. On comprend alors la double fonction de l’héritage féminin : il donne de quoi vivre et de quoi comprendre. Lorsque, plus tard, la maîtresse de la grande maison expliquera à la jeune servante ce qu’elle est et ce qu’elle vaut, Télumée disposera déjà d’une autre version de l’histoire. L’héritage la protège d’une chose précise : croire le discours de ceux qui dominent. Habiter le monde commence par refuser la description que d’autres en donnent.

Cet équipement est réel, et le roman en détaille le contenu avec une précision qui interdit de le tenir pour décoratif. Mais un équipement se juge à l’épreuve, et l’épreuve, dans ce roman, ne pardonne pas.

II. Cet héritage est pourtant mis en échec par l’Histoire et par le malheur

La première limite est sociale. L’entrée au service de la famille béké met Télumée en présence d’un monde que la lignée n’a pas prévu. Le passage décrit l’arrivée dans la grande maison, l’exposé des tâches, et surtout le discours par lequel la maîtresse des lieux assigne à la nouvelle venue une nature et une place. Aucun proverbe ne dispense d’entrer dans cette cuisine, et aucune mémoire ne change le fait qu’il faut y gagner sa vie. L’épisode suivant, le refus opposé au maître de maison lorsqu’il croit son succès acquis, est bien une victoire, mais une victoire sans effet : elle ne modifie ni les salaires, ni les rapports de propriété, ni la répartition des terres. L’héritage arme une conscience, il ne déplace pas une société. Le roman est ici d’une grande honnêteté : il ne prétend pas que la dignité intérieure suffise à corriger une structure coloniale. Les journées de coupe de la canne, avec leurs gestes répétés et leur paye dérisoire, le diront ensuite avec plus de netteté encore.

La seconde limite est intime, et le roman la traite comme la plus grave. Après l’arrêt des chantiers, l’homme qu’elle aime depuis l’enfance s’installe dans le désœuvrement, puis dans les paroles blessantes lancées devant témoins, puis dans les coups. Vient alors l’effondrement : le passage décrit l’immobilité prolongée, l’indifférence au corps et à la nourriture, le retrait hors du monde. Télumée connaît, à ce moment-là, toutes les sentences de sa grand-mère et toute l’histoire de sa lignée. Elle sait que son aïeule s’est relevée. Rien de cela ne l’empêche de tomber. Le roman établit ainsi que la mémoire n’immunise pas : elle donne une carte, non un abri. Chaque génération doit refaire pour son compte le chemin déjà parcouru, et le fait d’avoir entendu le récit du relèvement d’une autre ne dispense pas d’accomplir le sien. C’est la leçon la plus dure du livre, et celle qui interdit d’en faire un éloge naïf de la transmission.

La troisième limite est que l’héritage lui-même s’épuise. La grand-mère meurt après avoir laissé à sa petite-fille des paroles qui valent viatique : le mot dit assez qu’il s’agit d’une provision pour un chemin que l’on fera seule. La vieille femme des plantes, quant à elle, quitte l’apparence humaine et sort du monde des vivants : l’initiatrice cesse d’être consultable. Plus tard, l’homme revenu de métropole, le seul avec qui Télumée ait connu une vie d’égal à égale, meurt à la tête des grévistes marchant sur l’usine. À chaque fois, ce qui disparaît n’est pas seulement un être aimé, c’est un relais. L’héritage ne se conserve pas comme un capital : il se dissipe dès que personne de vivant ne le porte. Au terme de cette deuxième partie, Télumée possède tout ce que les femmes lui ont donné, et n’a plus aucune d’entre elles. La question du sujet prend alors sa forme exacte : que peut-on faire d’un héritage dont tous les propriétaires sont morts ?

Puisque l’héritage ne protège ni de la domination, ni du malheur, ni de la solitude, c’est donc qu’habiter le monde ne consiste pas à le conserver. Reste à voir ce que le roman fait, dans son dernier mouvement, de ce legs devenu orphelin.

III. L’héritage ne devient habitable qu’à être repris, réinventé et rendu

La première opération est spatiale. Après tout ce qu’elle a perdu, Télumée choisit un lieu, La Folie, y bâtit une case et met un jardin en culture. Le passage décrit une organisation solitaire mais réglée, où chaque journée retrouve une forme. Rien dans cette installation n’est original : ce sont exactement les gestes que le roman a déjà montrés chez le couple fondateur, puis dans la case partagée avec son compagnon d’enfance. Mais ces gestes, répétés pour son propre compte et sur une terre qui n’attendait personne, cessent d’être un souvenir pour devenir une adresse. Le roman fait ainsi de l’habitation une pratique et non un sentiment : on n’habite pas parce qu’on se souvient, on habite parce qu’on plante. La mémoire tissée trouve là son emploi véritable. Elle n’a pas servi à conserver un passé, elle a servi à savoir quoi faire du premier matin où l’on se retrouve seule avec une parcelle et deux mains.

La deuxième opération est morale. Après la mort de l’homme qu’elle aimait, le roman ne montre ni cérémonie ni plainte : il décrit une femme qui reprend ses travaux et refuse de se laisser aller comme d’autres le font autour d’elle. C’est là que l’héritage change de statut. Les sentences de la grand-mère ne sont plus récitées, elles sont devenues une manière de tenir son corps et ses journées. Ce que le roman appelle la tenue est précisément cela : une mémoire descendue dans les gestes, au point de n’avoir plus besoin d’être formulée. On mesure alors la distance parcourue depuis l’enfance. L’enfant recevait des formules ; la femme n’a plus de formules, elle a une conduite. Le parcours associé prend ici tout son sens : tisser les mémoires n’est pas les accumuler, c’est les entrelacer si serré qu’elles deviennent un tissu, c’est-à-dire quelque chose que l’on porte sans y penser et qui tient chaud.

La troisième opération est la plus décisive : l’héritage n’est habitable que rendu. Télumée élève une enfant qui n’est pas née d’elle, en reprenant pour cette petite les gestes et les paroles qu’elle avait elle-même reçus ; la chaîne, interrompue par les morts, se répare hors de la filiation biologique. Elle se rend ensuite auprès d’un agonisant que le village laisse seul, et l’accompagne sans que personne le lui demande : elle donne à un homme condamné par le groupe ce que le groupe lui refuse. Enfin, la vieillesse la montre consultée : on vient pour les plantes qu’elle sait reconnaître depuis l’enfance, on vient aussi pour parler. C’est à ce moment que le village lui décerne un surnom, comme il l’avait fait pour sa grand-mère, constatant qu’elle a survécu à tout et qu’elle se tient debout. Les dernières pages achèvent la démonstration : une femme à son jardin, qui envisage sa mort sans crainte et dit avoir aimé et souffert. Elle habite, parce qu’elle est devenue un lieu pour les autres.

Le mouvement du roman est ainsi complet : reçu, mis en échec, puis repris en gestes et transmis à nouveau, l’héritage a changé de nature entre la première et la dernière page.

Conclusion

Ce que Télumée reçoit des femmes qui l’ont précédée est considérable : des précédents qui prouvent qu’on se relève, une méthode qui tient dans des sentences transportables, et un savoir double, pratique et historique. Mais le roman refuse de faire de cet héritage un talisman : il n’empêche ni l’humiliation dans la grande maison, ni les coups, ni l’effondrement, ni la mort de ceux qui le portaient.

L’héritage ne suffit donc pas, et c’est précisément la thèse du roman : il ne devient habitable qu’au moment où celle qui le reçoit cesse de le conserver pour le convertir en lieu, en conduite et en don. Tisser les mémoires n’est pas un travail d’archiviste, c’est un travail de vivante, et habiter le monde consiste à devenir soi-même l’un des fils que d’autres reprendront.

Faut-il alors qu’une mémoire soit trahie, au moins un peu, pour rester vivante chez celle qui l’a reçue ?

Ce qui est évaluéPoints
Compréhension du sujet : analyse des termes (recevoir, habiter) et construction d’une problématique4 pts
Connaissance précise de l'œuvre : passages situés, décrits exactement, jamais inventés5 pts
Progression de l’argumentation : trois moments qui se répondent, transitions rédigées4 pts
Prise en compte du parcours « tisser les mémoires, habiter le monde »4 pts
Expression, orthographe, présentation de la copie3 pts

Ce que le correcteur valorise — Une copie moyenne récite la lignée des femmes et conclut que la transmission sauve ; celle-ci gagne ses points en consacrant toute une partie aux échecs de l’héritage, puis en montrant que l’habitation naît d’une reprise en gestes et d’un don. L’autre différence est technique : chaque argument s’appuie sur un épisode nommé et situé, décrit sans jamais être cité, comme l’impose le droit d’auteur sur cette œuvre.

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