Le roman confie la narration à Télumée devenue vieille, qui raconte à la fois sa vie et celle de ses aïeules. Le sujet interroge les gains et les coûts de ce choix pour un récit qui veut porter une mémoire collective.
La voix unique de Télumée permet-elle de tisser des mémoires multiples, ou les réduit-elle à un point de vue ?
Le plan en trois parties
La première personne donne au récit sa voix et son ton
- L’ouverture, où la narratrice réfléchit à ce qu’habiter veut dire, installe une voix qui pense et se souvient en même temps.Première partie, les pages liminaires sur le pays
- Les sentences de la grand-mère peuvent être rapportées comme si elles étaient encore entendues : la première personne conserve l’oralité.Deuxième partie, les leçons en proverbes de Reine Sans Nom
- Les images empruntées au temps qu’il fait appartiennent à celle qui parle : la langue du roman est celle d’une femme, pas d’un narrateur neutre.Le titre et le réseau d’images de pluie et de vent
Elle permet de tenir ensemble les morts et les vivants
- Raconter l’aïeule affranchie à la première personne, sans l’avoir connue, fait de la mémoire familiale une expérience vécue.Première partie, Minerve affranchie après l’abolition
- Le souvenir de l’enfant conduite vers Fond-Zombi noue le récit de la lignée à celui d’une vie : le je passe de témoin à personnage.Première partie, la marche vers Fond-Zombi
- Les dernières paroles de la grand-mère sont redites par celle qui les a reçues : la transmission est intégrée à la forme du récit.Deuxième partie, les dernières paroles et la mort de Reine Sans Nom
Mais ce dispositif a son prix
- Le deuil est raconté par celle qui l’a traversé : le lecteur n’a jamais d’autre version que la sienne, ni des faits ni des torts.Deuxième partie, le deuil de Télumée après la mort d’Amboise
- Les visites du village nous parviennent filtrées par celle qui les reçoit : la communauté n’a pas de voix propre dans le roman.Deuxième partie, la vieillesse de Télumée et les visites du village
- Le bilan final, où la narratrice juge sa propre vie, clôt le récit sur une évaluation que nul ne peut contredire.Deuxième partie, les dernières pages et le bilan de la narratrice
Une mémoire collective peut-elle se transmettre sans passer par quelqu’un qui dit je ?