Le roman parle sans cesse de corps marqués, épuisés, frappés, soignés, transformés. Le parcours invite à tisser les mémoires, et le corps pourrait être le support sur lequel cette mémoire s’écrit.
Le roman fait-il du corps l’archive de l’histoire coloniale, ou seulement le lieu où les personnages en éprouvent les effets ?
Le plan en trois parties
Le corps porte la trace de l’histoire longue
- Les corps marqués et les châtiments rapportés par Man Cia constituent le document que l’esclavage a laissé sur les vivants.Deuxième partie, l’évocation du temps des maîtres par Man Cia
- La douleur des gestes répétés dans la canne prolonge cette écriture : le travail continue d’inscrire l’histoire dans les muscles.Deuxième partie, les journées de coupe de la canne
- L’homme ébouillanté lors de la grève montre l’histoire sociale s’écrivant d’un coup sur un corps.Deuxième partie, la grève à l’usine et la mort d’Amboise
Le corps est aussi le lieu de la domination présente
- Dans la grande maison, on assigne à la servante une tenue, des tâches et une place : le pouvoir s’exerce sur des gestes.Deuxième partie, l’entrée au service des Desaragne
- La tentative du maître de maison traite le corps de la domestique comme un dû : le refus est d’abord un refus corporel.Deuxième partie, le refus opposé à monsieur Desaragne
- Les coups d’Elie prouvent que la domination sociale se relaie à l’intérieur même de la case.Deuxième partie, les violences d’Elie
Mais le corps est aussi le lieu de la réponse
- L’indifférence à la nourriture et l’immobilité prolongée font du corps le premier langage de la détresse, puis du relèvement.Deuxième partie, l’effondrement de Télumée après la rupture
- En quittant la forme humaine, Man Cia oppose au corps assigné un corps choisi : le merveilleux rend au corps son initiative.Deuxième partie, la métamorphose de Man Cia
- Refuser de se laisser aller après un deuil, c’est tenir son corps droit comme on tient une position : la dignité est une posture.Deuxième partie, le deuil de Télumée et la reprise des travaux
Une mémoire inscrite dans les corps peut-elle se transmettre autrement que par l’exemple ?