La citation énumère quatre verbes dont le dernier, rejeté en fin de phrase par un « d’abord » paradoxal, est en réalité premier dans l’ordre chronologique. Il faut donc examiner si, dans le Cahier, l’abattage précède l’invention, ou s’il en est seulement l’envers.
Le programme de tout abattre est-il, dans le Cahier de Douai, le préalable de l’invention poétique ou son masque ?
Le plan en trois parties
« Tout abattre » : un recueil de démolitions
- Abattre le décor social : le square, les bourgeois, les convenances.« À la Musique », v. 1-4
- Abattre le sacré : le Dieu des autels est surpris riant au milieu de son or.« Le Mal », v. 9-11 : « aux grands calices d’or »
- Abattre la gloire militaire jusque dans l’image d’Épinal.« L’Éclatante Victoire de Sarrebruck », sous-titre et vers 1-4
« Tout vivre » : l’invention d’une poésie du corps et de la route
- Vivre, c’est d’abord sortir : la fugue devient le sujet même du poème.« Ma Bohème », v. 1-4
- Vivre, c’est manger, boire, s’asseoir : le prosaïsme devient matière lyrique.« Au Cabaret-Vert », v. 12-14
- Vivre, c’est aussi laisser le cœur s’emballer, au point de forger un verbe pour le dire.« Roman », II, v. 1 : « Le cœur fou Robinsonne à travers les romans »
« Tout redire » : l’émancipation est finalement une affaire de langue
- Redire, c’est reprendre les formes héritées pour les faire craquer.« Ophélie », qui refait Shakespeare et Banville à sa manière
- Redire, c’est imposer un lexique que la poésie tenait pour indigne d’elle.« Vénus Anadyomène », v. 1-4
- Redire, c’est inventer une musique de la marche, par enjambements et exclamations.« Ma Bohème », v. 12-14
En quoi les poèmes postérieurs, Une saison en enfer ou les Illuminations, font-ils du « tout redire » une entreprise beaucoup plus radicale que celle du Cahier ?