La fugue désigne ici à la fois un fait biographique (les départs de 1870), un motif (la route, l’auberge, les souliers) et une manière d’écrire (rupture de ton, sortie du cadre). Le sujet demande si ce motif organise l’écriture ou s’il n’en est qu’un thème parmi d’autres.
Le départ est-il seulement le sujet de certains poèmes, ou le principe qui commande la forme du recueil tout entier ?
Le plan en trois parties
La fugue comme motif : une géographie de poèmes
- Les poèmes de la route datent l’expérience et la localisent, jusqu’à donner le nom du café.« Au Cabaret-Vert », v. 1-4 : « J’entrais à Charleroi »
- La fugue transforme le dénuement en signe de liberté.« Ma Bohème », v. 1
- Elle a son envers : le soldat couché dans l’herbe est celui qui ne repartira pas.« Le Dormeur du val », v. 13-14
La fugue comme forme : une poétique de la rupture
- Le vers avance par enjambements et rejets, comme une marche qui refuse de s’arrêter à la rime.« Ma Bohème », v. 7-8, le rejet de « Des rimes »
- Le poème change de ton brusquement, sortant du cadre qu’il vient d’installer.« Le Dormeur du val », v. 1 puis dernier vers
- Le tiret et l’exclamation font entendre une voix qui s’échappe du discours réglé.« Roman », refrain : « On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans »
Mais fuir n’est pas créer : l’émancipation suppose un retour, une reprise, un cahier
- La marche se convertit en travail de rimeur : le vagabond compte ses rimes autant que ses pas.« Ma Bohème (Fantaisie) », v. 5-8 : « j’égrenais dans ma course / Des rimes »
- Les poèmes politiques ne fuient rien : ils affrontent et restent.« Morts de Quatre-vingt-douze », v. 1-4
- Les poèmes d’intérieur montrent qu’on peut s’émanciper sans partir.« Le Buffet », v. 1-2
Rimbaud finira par fuir la poésie elle-même : la fugue conduit-elle nécessairement au silence ?