Arthur Rimbaud, 1870 — parcours « émancipations créatrices »
À propos de cette page
Ce lexique sur « Cahier de Douai, Rimbaud » en première donne les définitions précises dont on a besoin au bac : chaque terme avec ses synonymes, ses antonymes et les distinctions à ne pas manquer. Au programme : Rimbaud en 1870 : un lycéen de Charleville dans l’année de tous les départs, La genèse : deux fugues, Izambard, Demeny et les deux liasses de Douai, La structure : vingt-deux poèmes, deux cahiers, un ordre qui raconte, Les grands motifs : la route, le corps, la faim, la guerre, le bourgeois. Le sens de chaque mot est repris selon l'époque et selon le point de vue, parce qu'une définition bien posée ouvre une partie de devoir. Les repères d'analyse sont expliqués avec l'usage qu'on en fait dans une copie. Lexique gratuit rédigé par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de première.
Émancipation
Acte par lequel un sujet se soustrait à une tutelle (familiale, sociale, politique, religieuse) et conquiert la disposition de lui-même. En littérature, le mot désigne aussi l’affranchissement d’une écriture à l’égard des modèles et des règles qu’elle a reçus.
Synonymes
Affranchissement — Insiste sur le lien rompu, moins sur ce qu’on construit ensuite.
Libération — Suppose un enfermement préalable ; convient à Mazas, moins à l’écriture.
Insubordination — Garde l’idée d’un ordre auquel on désobéit encore : utile pour la liasse politique.
Antonymes
Tutelle — État de dépendance accepté ou subi : la mère, le collège, l’Empire.
Assujettissement — Plus fort : le sujet est constitué par ce qui le domine.
Conformisme — Obéissance sans contrainte visible — le bourgeois d’« À la musique ».
À ne pas confondre
Révolte — La révolte est un refus ; l’émancipation exige qu’il en sorte quelque chose.
Évasion — L’évasion fuit le réel, l’émancipation prétend en changer les termes.
Selon l'époque et le point de vue — Le mot vient du droit romain (l’emancipatio libère le fils de la puissance paternelle) ; le XIXe siècle l’étend aux esclaves (1848), aux ouvriers, aux femmes. Le programme de 1re l’applique à la création : d’où le pluriel « émancipations » et l’adjectif « créatrices ».
Ce que le mot permet d'écrire — Servez-vous du sens juridique pour ouvrir un devoir : chez Rimbaud, quitter la « puissance paternelle » (ou maternelle) et quitter la puissance des maîtres poétiques sont le même geste. Faute à éviter : employer « émancipation » comme un synonyme noble de « fugue ».
Sonnet
Poème fixe de quatorze vers, ici en alexandrins, organisé en deux quatrains puis deux tercets, avec une clausule (la « chute ») attendue au dernier vers.
Synonymes
Pièce à forme fixe — Terme générique qui englobe ballade, rondeau, sonnet.
Antonymes
Vers libre — Absent du Cahier : Rimbaud n’y viendra qu’après 1872.
Poème en prose — Forme des Illuminations, postérieure.
À ne pas confondre
Sonnet régulier / irrégulier — Rimbaud garde le moule régulier mais en détourne l’effet : dire « sonnet irrégulier » à propos du « Dormeur du val » est une erreur.
Strophe — La strophe est une unité ; le sonnet est un système de quatorze vers.
Selon l'époque et le point de vue — Importé d’Italie au XVIe siècle, redevenu roi de la poésie avec Baudelaire et les Parnassiens, dont Rimbaud attend en 1870 la reconnaissance en écrivant à Banville.
Ce que le mot permet d'écrire — Ne dites pas seulement « c’est un sonnet » : dites ce que la forme fait. Dans « Le Mal », les quatrains sont le champ de bataille et les tercets l’église ; la coupure entre quatrains et tercets devient une frontière sociale.
Rejet (et enjambement)
Débordement de la phrase au-delà de la fin du vers : l’enjambement fait continuer la syntaxe sur le vers suivant ; le rejet est l’élément bref ainsi repoussé et mis en relief au début du vers suivant (le contre-rejet est son symétrique, à la fin du vers précédent).
Synonymes
Débordement — Métaphore utile mais non technique : à réserver au commentaire.
Antonymes
Vers à coupe classique — Vers où la syntaxe et le mètre coïncident, à la manière de Malherbe.
À ne pas confondre
Césure — La césure découpe l’intérieur du vers (6+6) ; le rejet joue sur son bord.
Coupe — Pause de diction à l’intérieur du vers, plus souple que la césure.
Selon l'époque et le point de vue — Hugo revendique en 1830 d’avoir « disloqué ce grand niais d’alexandrin » ; Rimbaud hérite de ce geste et le systématise. Après lui, la génération symboliste passera au vers libre.
Ce que le mot permet d'écrire — C’est le procédé le plus rentable du recueil : « une tête / De femme », « la table / Verte », « Souriant comme / Sourirait ». Nommez toujours l’effet : retard, surprise, dégradation du noble. Faute à éviter : appeler « rejet » tout enjambement, sans repérer le mot mis en valeur.
Prosaïsme
Introduction dans le vers d’un vocabulaire, d’objets ou d’un ton réputés indignes de la poésie : la nourriture, le linge, l’argent, le corps ordinaire.
Synonymes
Trivialité — Accentue la vulgarité ; convient à « Vénus Anadyomène ».
Familier (registre) — Désigne un niveau de langue, pas un choix d’objets.
Antonymes
Sublime — Élévation du ton ; Rimbaud le convoque souvent pour le faire tomber.
Poétique (au sens conventionnel) — Le lexique des lys, des astres et des lyres — que le recueil pratique aussi, pour s’en moquer.
À ne pas confondre
Réalisme — Le réalisme est un projet de représentation ; le prosaïsme est un effet de style.
Selon l'époque et le point de vue — Le mot est d’abord péjoratif sous la plume des critiques du XVIIe siècle ; Hugo puis Baudelaire en font une ressource ; Rimbaud en 1870 le pousse jusqu’au jambon et aux tétons.
Ce que le mot permet d'écrire — Toujours associer le mot prosaïque et la forme noble qui l’accueille : « tartines / De beurre » dans un sonnet en alexandrins, c’est cela, l’émancipation créatrice. Faute à éviter : écrire « Rimbaud emploie un langage familier » sans dire contre quoi.
Lyrisme
Expression poétique d’une subjectivité, marquée par la première personne, l’exclamation, l’apostrophe et le vocabulaire du sentiment.
Synonymes
Effusion — Insiste sur le débordement affectif, sans la dimension musicale.
Élégie — Lyrisme de la plainte ; « Ophélie » en relève partiellement.
Antonymes
Poésie objective — Terme que Rimbaud lui-même opposera à la poésie « subjective » dans les lettres de 1871.
Satire — Le regard sort de soi pour viser autrui.
À ne pas confondre
Lyrisme / autobiographie — Le « je » lyrique est une construction ; il ne coïncide pas avec l’auteur.
Selon l'époque et le point de vue — Le mot vient de la lyre d’Orphée ; le romantisme l’installe au centre de la poésie française. Dès 1870, Rimbaud le pratique et le raille dans le même poème.
Ce que le mot permet d'écrire — Dites « lyrisme miné » ou « lyrisme corrigé » pour « Roman » et « Ma Bohème » : l’élan est réel, la moquerie aussi. Faute à éviter : ranger tout poème à la première personne sous l’étiquette lyrique.
Ironie
Décalage volontaire entre ce que le texte dit et ce qu’il fait entendre, qui suppose la complicité d’un lecteur capable de percevoir l’écart.
Synonymes
Antiphrase — Cas particulier : dire le contraire de ce qu’on pense (« L’Éclatante Victoire »).
Raillerie — Plus visible, moins construite.
Antonymes
Sincérité — Attendue du lyrisme romantique, que l’ironie vient corriger.
Sérieux — Mot du recueil lui-même : « On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans ».
À ne pas confondre
Humour — L’humour amuse sans viser ; l’ironie a toujours une cible, fût-ce soi-même.
Sarcasme — Ironie mordante et agressive : le ton de « Rages de Césars ».
Selon l'époque et le point de vue — De l’eirôneia socratique (feindre l’ignorance) à l’ironie romantique allemande, qui fait qu’une œuvre se commente elle-même : c’est cette dernière qui éclaire les tirets de Rimbaud.
Ce que le mot permet d'écrire — Repérez les marques typographiques : tirets, points de suspension, majuscules moqueuses (« Muse ! », « l’Empereur »). Faute à éviter : dire « Rimbaud est ironique » sans montrer les deux niveaux de sens.
Satire
Genre et posture qui attaquent les mœurs, les institutions ou les personnes, souvent par la caricature, pour susciter le rire et le blâme.
Synonymes
Pamphlet — Plus violent, en prose, sans visée comique.
Charge — Terme de dessin de presse ; exactement le registre de « Sarrebrück ».
Antonymes
Éloge — L’épidictique positif, que la satire retourne.
Célébration — Le ton officiel de la gravure impériale que Rimbaud démonte.
À ne pas confondre
Satire / ironie — La satire est un projet (attaquer) ; l’ironie est un moyen parmi d’autres.
Selon l'époque et le point de vue — Héritée d’Horace et de Juvénal, réactivée par Hugo dans Les Châtiments (1853) contre Napoléon III : c’est le modèle direct des poèmes politiques du Cahier.
Ce que le mot permet d'écrire — Citez Hugo en arrière-plan de « Rages de Césars » : Rimbaud reprend la cible de son aîné avec quinze ans de retard et dix-sept ans d’âge. Faute à éviter : parler de satire quand le texte ne vise personne.
Parodie
Imitation reconnaissable d’une forme, d’un texte ou d’un style, transposée dans un registre qui la dégrade et la met à distance.
Synonymes
Pastiche — Le pastiche imite sans forcément moquer ; la parodie vise l’effet comique.
Burlesque — Traiter un sujet noble en style bas : la définition même de « Vénus Anadyomène ».
Antonymes
Hommage — Imitation admirative, sans écart critique.
Imitation scolaire — L’exercice du collège, que Rimbaud excelle à faire puis à saboter.
À ne pas confondre
Héroï-comique — L’inverse du burlesque : traiter un sujet bas en style noble.
Selon l'époque et le point de vue — Pratique ancienne (la Batrachomyomachie parodie Homère), réactivée par Banville dans ses Odes funambulesques, que Rimbaud connaît bien.
Ce que le mot permet d'écrire — « Vénus Anadyomène » parodie à la fois le mythe de la naissance de Vénus et le blason amoureux de la Renaissance. Nommez les deux modèles : c’est ce qui distingue une copie moyenne d’une bonne copie.
Chute (ou pointe)
Dernier vers, ou dernier hémistiche, qui referme le poème en modifiant rétrospectivement le sens de ce qui précède.
Synonymes
Clausule — Terme technique et neutre pour la fin d’un texte.
Trait final — Vocabulaire de l’épigramme, adapté aux sonnets brefs.
Antonymes
Ouverture — Premier vers, qui pose le cadre au lieu de le détruire.
À ne pas confondre
Conclusion — Une conclusion récapitule ; une chute renverse.
Selon l'époque et le point de vue — Le sonnet italien attendait une pointe ; le sonnet français du XIXe siècle en fait un coup de théâtre — Baudelaire, Heredia, puis Rimbaud.
Ce que le mot permet d'écrire — C’est le lieu où le Cahier dit ce qu’il pense de ses propres élans : « deux trous rouges au côté droit », « Et mon bureau ? », « un pied près de mon cœur ». Faute à éviter : commenter la chute sans montrer ce qu’elle rétrospectivement annule.
Bohème
Manière de vivre en marge, pauvre et libre, associée aux artistes du XIXe siècle ; par extension, figure du poète errant, sans domicile ni emploi.
Synonymes
Errance — Souligne le mouvement, pas la condition sociale.
Vagabondage — Terme juridique : en 1870, un mineur sans papiers sur les routes est un délinquant.
Antonymes
Sédentarité — Le « bureau » de Nina, la place de la Gare, le buffet de chêne.
Respectabilité — Le monde du bourgeois poussif, contre lequel la bohème se définit.
À ne pas confondre
Bohémien — Dans « Sensation », le mot désigne le nomade — la comparaison, pas l’identité.
Dandy — Le dandy cultive l’élégance ; le bohème exhibe ses trous de culotte.
Selon l'époque et le point de vue — Henry Murger, Scènes de la vie de bohème (1851), fixe le type ; Rimbaud le reprend en titre, avec le sous-titre ironique « Fantaisie », qui avertit qu’il s’agit d’une pose autant que d’une vie.
Ce que le mot permet d'écrire — Toujours articuler la bohème et la forme : dans « Ma Bohème », la misère matérielle (poches crevées, souliers percés) devient matériel poétique (lyres, étoiles). Faute à éviter : confondre la bohème choisie du poète et la misère subie des « Effarés ».
Fantaisie
Au XIXe siècle, genre poétique bref et libre, qui mêle le rêve, l’humour et la légèreté et revendique de ne pas se prendre au sérieux.
Synonymes
Caprice — Vocabulaire musical, même idée de forme libre et vive.
Divertissement — Plus faible : oublie la dimension esthétique revendiquée.
Antonymes
Grand genre — L’ode, l’épopée — dont le recueil garde la trace dans « Soleil et Chair ».
Gravité — Ton attendu du poème politique, ici constamment ébréché.
À ne pas confondre
Imagination — Faculté générale ; la fantaisie est un genre et un ton datés.
Selon l'époque et le point de vue — Nerval (Odelettes), Gautier, Banville installent la fantaisie comme contrepoint du sérieux romantique. Rimbaud l’inscrit en sous-titre de « Ma Bohème ».
Ce que le mot permet d'écrire — Le sous-titre « (Fantaisie) » est une clé de lecture : il autorise à lire l’autoportrait comme une fiction assumée. C’est l’argument à opposer à tout sujet qui parle de « sincérité » chez Rimbaud.
Parnasse
Mouvement poétique français des années 1860-1870, qui valorise l’impersonnalité, la perfection formelle, la sculpture du vers, contre l’effusion romantique.
Synonymes
Art pour l’art — Le principe théorique venu de Gautier dont le Parnasse est l’application collective.
Antonymes
Romantisme — Effusion, engagement, moi ; le Parnasse s’en détourne.
Symbolisme — Vient après, avec la suggestion et la musique contre le marbre.
À ne pas confondre
Parnassien / impassible — L’impassibilité est l’idéal du groupe, pas de tous ses membres.
Selon l'époque et le point de vue — Le Parnasse contemporain paraît à partir de 1866 ; Banville, Leconte de Lisle, Heredia en sont les figures. Le 24 mai 1870, Rimbaud écrit à Banville pour y entrer : le Cahier est donc écrit sous ce regard.
Ce que le mot permet d'écrire — Servez-vous-en pour montrer la tension du recueil : Rimbaud soigne ses sonnets comme un parnassien et y introduit ce que le Parnasse exclut. Faute à éviter : présenter Rimbaud comme un anti-parnassien dès 1870, alors qu’il cherche à s’y faire admettre.
Contre-blason
Poème qui détaille les parties du corps, non pour en faire l’éloge comme le blason, mais pour en exhiber la laideur, partie par partie.
Synonymes
Antiportrait — Terme moderne et clair, mais sans l’ancrage historique.
Caricature — Souligne la déformation, pas le protocole descriptif.
Antonymes
Blason — Éloge codifié d’un fragment du corps aimé, genre du XVIe siècle.
Idéalisation pétrarquiste — Le modèle de la dame parfaite, que Rimbaud détruit.
À ne pas confondre
Satire des mœurs — Le contre-blason vise un corps, la satire vise un groupe.
Selon l'époque et le point de vue — Marot lance la mode du blason en 1535 ; les contre-blasons suivent aussitôt. Baudelaire les réactive (« Une charogne ») ; Rimbaud les pousse plus loin dans « Vénus Anadyomène ».
Ce que le mot permet d'écrire — Terme précis et payant pour analyser « Vénus Anadyomène », où le corps est décrit de haut en bas, du cou à la croupe, selon la logique du blason inversée. Faute à éviter : ne voir dans ce poème qu’une provocation gratuite.
Oxymore
Alliance, dans un même groupe de mots, de deux termes contradictoires, qui produit un sens neuf et instable.
Synonymes
Alliance de mots — Traduction française usuelle, plus large.
Paradoxe — Le paradoxe est une idée, l’oxymore une figure de syntaxe.
Antonymes
Pléonasme — Redondance au lieu de contradiction.
Périphrase — Contourne au lieu de heurter.
À ne pas confondre
Antithèse — L’antithèse oppose deux membres séparés ; l’oxymore les soude.
Selon l'époque et le point de vue — Figure baroque par excellence, réactivée par le romantisme noir et par Baudelaire, chez qui la beauté et l’horrible se superposent.
Ce que le mot permet d'écrire — « Belle hideusement » (« Vénus Anadyomène ») est l’oxymore central du recueil : il résume une esthétique qui cherche le beau dans le repoussant. À relier au « doux rire brutal » de « Première soirée ».
Hypotypose
Description si vive et si détaillée qu’elle donne au lecteur l’impression d’assister à la scène ; elle joue du présent, des notations sensorielles et du désordre apparent.
Synonymes
Tableau — Vocabulaire pictural : utile pour les sonnets-paysages.
Description animée — Formulation simple, à réserver quand le mot technique risque d’être mal employé.
Antonymes
Récit sommaire — Résume au lieu de montrer.
Abstraction — Écarte le sensible, que l’hypotypose sature.
À ne pas confondre
Ekphrasis — Description d’une œuvre d’art : c’est le cas de « L’Éclatante Victoire de Sarrebrück », qui décrit une gravure.
Selon l'époque et le point de vue — Figure de la rhétorique antique destinée à émouvoir le juge ; le XIXe siècle en fait un instrument de dénonciation, chez Hugo comme chez Zola.
Ce que le mot permet d'écrire — Parfait pour « Le Mal », premier quatrain : les crachats rouges, le sifflement, les couleurs des uniformes font voir la bataille. Faute à éviter : appeler hypotypose toute description un peu longue.
Voyant (lettres dites « du voyant »)
Programme poétique exposé par Rimbaud dans deux lettres de mai 1871 (à Izambard le 13, à Demeny le 15), où il déclare : « Je est un autre » et définit le poète comme un voyant qui atteint l’inconnu par un « dérèglement de tous les sens ».
Synonymes
Poésie objective — L’expression est de Rimbaud lui-même, opposée à la poésie « subjective ».
Antonymes
Poésie subjective — Celle qu’il reproche aux romantiques — et à ses propres vers de 1870.
À ne pas confondre
Cahier de Douai — Les lettres sont postérieures de sept mois : elles n’en sont pas le programme, mais le verdict.
Selon l'époque et le point de vue — Ces lettres sont écrites au moment de la Commune ; c’est dans la seconde que Rimbaud demande à Demeny de brûler les vers de 1870.
Ce que le mot permet d'écrire — Ressource d’ouverture et de troisième partie : l’émancipation du Cahier est encore formelle, celle de 1871 sera ontologique. Faute à éviter : citer « Je est un autre » comme s’il s’appliquait au « je » de « Ma Bohème ».
Antithèse
Mise en opposition, dans une même phrase ou une même strophe, de deux termes ou de deux tableaux, afin d’en faire ressortir le contraste.
Synonymes
Contraste — Notion générale, souvent visuelle.
Opposition — Terme neutre, à préciser toujours par les deux pôles.
Antonymes
Analogie — Rapproche au lieu d’opposer.
Gradation — Progresse au lieu de heurter.
À ne pas confondre
Chiasme — Le chiasme croise l’ordre des termes ; l’antithèse les oppose sans croiser.
Selon l'époque et le point de vue — Figure maîtresse de l’éloquence classique, elle devient chez Hugo la forme même de la pensée politique : le peuple et le roi, la misère et l’or.
Ce que le mot permet d'écrire — Structure de fond du recueil : vert/rouge (« Le Dormeur du val »), bataille/autel (« Le Mal »), ouvriers/Louis XVI (« Le Forgeron »). Faute à éviter : relever une antithèse sans dire ce qu’elle juge.
Les repères du programme
Ces couples de mots sont les outils qui font les plans : savoir les employer vaut mieux que connaître un auteur de plus.
Refuser / inventer
Le refus est négatif : il désigne ce dont on se détourne. L’invention est positive : elle désigne la forme qui naît de ce détournement.
Ce qu'il débloque — C’est l’axe imposé par l’adjectif « créatrices ». Il fournit presque toujours le passage du I au II.
Exemple — Sur le sujet « l’émancipation du poète ne vient-elle que de ses refus ? », il permet de montrer d’abord l’inventaire des refus (mère, Empire, Église, bourgeois), puis les inventions qu’ils rendent possibles (le rejet, le prosaïsme, la chute).
Partir / revenir
Le recueil est fait de départs (Sensation, Ma Bohème, les deux fugues) et de retours forcés (la police, Charleville, le « bureau »).
Ce qu'il débloque — Sert à nuancer toute troisième partie sur les limites de l’émancipation, sans tomber dans le « mais ce n’est pas si simple ».
Exemple — Sur le sujet « Quelque chose se détruit pour que quelque chose d’autre se construise », il permet de montrer que le mouvement n’est pas linéaire : chaque départ est rattrapé, et c’est le poème qui, seul, ne revient pas.
Forme héritée / forme forcée
Rimbaud n’abandonne ni le sonnet ni l’alexandrin : il les conserve et les met sous tension jusqu’à les faire craquer.
Ce qu'il débloque — Indispensable pour tous les sujets qui portent sur la liberté formelle : il évite l’erreur qui consiste à prêter au Cahier le vers libre.
Exemple — Sur le sujet « la poésie de Rimbaud est écriture contre autant qu’écriture pour », il permet de faire du sonnet lui-même le lieu du combat : la règle n’est pas l’ennemi, elle est le champ de bataille.
Sublime / trivial
Le recueil fait coexister dans le même poème le lexique élevé (Muse, lyres, étoiles, Vénus) et le lexique bas (culotte, jambon, gros sou, tétons).
Ce qu'il débloque — Fournit des analyses de détail toujours vérifiables, donc des sous-parties solides.
Exemple — Sur un sujet portant sur la beauté, il permet d’opposer « Ophélie » et « Vénus Anadyomène », puis de montrer que « Ma Bohème » les réconcilie en tirant des lyres d’un soulier percé.
Lyrisme / ironie
L’élan du « je » est presque toujours suivi d’un commentaire moqueur, marqué par un tiret, une parenthèse ou une chute.
Ce qu'il débloque — Sert à répondre aux sujets sur la sincérité, l’adolescence, l’enthousiasme.
Exemple — Sur le sujet « Tout réinventer, tout vivre, tout redire. Tout abattre d’abord », il permet de montrer que Rimbaud abat aussi son propre lyrisme : « On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans » se moque du poème qu’il ouvre.
Nature complice / Nature indifférente
La nature est tantôt l’alliée du fugueur (« heureux comme avec une femme »), tantôt le décor impassible d’une mort (« Nature, berce-le chaudement : il a froid »).
Ce qu'il débloque — Évite la lecture naïvement romantique du recueil et permet une partie sur l’ambiguïté du refuge.
Exemple — Sur un sujet portant sur la liberté et ses limites, il permet d’opposer « Sensation » et « Le Dormeur du val », deux poèmes au même décor et au sens inverse.
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