Le recueil est saturé de couleurs franches, vert, bleu, rouge, rose, noir, souvent placées en position accentuée dans le vers. Le sujet demande si elles décorent le poème ou si elles en portent le sens.
La couleur est-elle chez Rimbaud un ornement descriptif, ou l’instrument d’une pensée du monde ?
Le plan en trois parties
Une palette qui organise le paysage
- Le vert construit l’espace heureux de la halte et de la nature.« Au Cabaret-Vert », v. 1-4, jusqu’au nom du lieu
- Le bleu ouvre le poème de la promesse et de la marche.« Sensation », v. 1 : « Par les soirs bleus d’été »
- Le blanc du lys et le noir de l’onde composent un tableau presque pictural.« Ophélie », I, v. 1-4 : « Sur l’onde calme et noire… comme un grand lys »
Mais la couleur devient très vite un signal de violence
- Le rouge, placé en fin de sonnet, transforme rétrospectivement tout le poème.« Le Dormeur du val », v. 13-14
- L’association du rouge et du bleu du ciel rend la guerre obscène.« Le Mal », v. 1-2
- Le vert change de valeur quand il devient la couleur d’un fer-blanc de baignoire.« Vénus Anadyomène », v. 1-4
La couleur est finalement une manière d’émanciper la poésie de la description
- Elle remplace l’explication : le sens passe par la sensation plutôt que par le discours.« Au Cabaret-Vert », v. 12-14, l’or du rayon sur la mousse
- Elle sert la satire en réduisant le pouvoir à un aplat de gravure coloriée.« L’Éclatante Victoire de Sarrebruck », l’apothéose « bleue et jaune »
- Elle annonce la poétique ultérieure où les mots-couleurs deviennent autonomes.« Ophélie », partie I, le blanc et le noir de l’onde
Le sonnet des Voyelles, écrit deux ans plus tard, systématisera cette équivalence entre son et couleur : le Cahier en contient-il déjà le principe ?