Le recueil va de la déesse antique à la servante d’auberge, en passant par la noyée shakespearienne et la femme dégradée de « Vénus Anadyomène ». Le sujet demande si cette diversité forme un système ou une contradiction.
Les femmes du Cahier de Douai sont-elles les objets d’un désir adolescent, ou des figures par lesquelles le poète pense sa propre liberté ?
Le plan en trois parties
Des figures idéalisées, héritées de la tradition
- La figure féminine sert d’abord de mesure du bonheur, comparée à la nature entière.« Sensation », v. 5-8 : « heureux comme avec une femme »
- La noyée devient une image pure, quasi picturale.« Ophélie », partie I
- Même la fille d’auberge est saisie dans une lumière heureuse, proche de l’idylle.« Au Cabaret-Vert », v. 5-9
Des figures dégradées ou réduites au corps
- L’anti-blason démolit méthodiquement la femme-déesse.« Vénus Anadyomène », v. 14
- Le regard du poète découpe les corps féminins comme des objets.« À la Musique », strophe finale
- La séduction est d’abord affaire de lectures : le cœur s’emballe sur des romans avant de rencontrer personne.« Roman », II, v. 1
Ces figures servent surtout à mesurer la liberté du poète, et parfois à la mettre en échec
- La noyée est celle qui a entendu l’appel de la liberté : elle est un double du poète.« Ophélie », partie II : « l’âpre liberté »
- La femme réelle refuse le rôle qu’on lui prête et ramène le rêveur au sol.« Les Reparties de Nina », dernier vers
- Le poème refuse à l’amoureux toute grandeur, et le refrain le lui rappelle.« Roman », I, v. 1-4 : « On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans »
Rimbaud écrira à Demeny que la femme, une fois affranchie, sera poète à son tour : ce programme est-il déjà visible dans le Cahier ?