Le trivial désigne ici ce qui relève du quotidien vulgaire ou matériel, longtemps exclu du lexique noble. Le sujet demande si Rimbaud le tolère comme effet de contraste ou s’il lui accorde une dignité propre.
Le trivial est-il dans le Cahier de Douai un simple moyen de provocation ou une nouvelle matière poétique ?
Le plan en trois parties
Le trivial comme provocation calculée
- Le mot cru placé en position de chute produit un scandale maximal.« Vénus Anadyomène », v. 14
- La misère mise au service du culte est une profanation retournée contre l’Église.« Le Mal », v. 12-14 : « un gros sou lié dans leur mouchoir »
- Le détail corporel des enfants heurte les habitudes de la poésie sociale.« Les Effarés », « Leurs culs en rond »
Mais le trivial devient très vite un objet aimé, décrit avec bonheur
- La nourriture simple donne lieu à un tableau lumineux.« Au Cabaret-Vert », v. 12-14
- Un meuble ordinaire devient dépositaire d’une mémoire poétique.« Le Buffet », v. 1-2
- Un square de province suffit à porter toute une scène de désir.« À la musique », v. 25-28
En intégrant le trivial, Rimbaud change la définition même du poétique
- La forme noble accueille le sujet bas, et la hiérarchie des sujets s’effondre.« Au Cabaret-Vert », v. 1-4
- Le poète lui-même devient une figure triviale, en haillons.« Ma Bohème », v. 1
- L’objet le plus humble devient instrument de musique : le soulier remplace la lyre.« Ma Bohème », v. 12-14
En quoi cette conquête prépare-t-elle des œuvres entièrement consacrées aux objets ordinaires, comme Le Parti pris des choses de Ponge ?