Beaucoup de poèmes construisent un effet de connivence : adresse directe, chute retardée, ironie partagée. Le sujet porte sur la place que le texte assigne à son destinataire.
Par quels moyens le Cahier de Douai associe-t-il le lecteur à l’émancipation du poète, au lieu de la lui raconter ?
Le plan en trois parties
Le poème tend un piège au lecteur et le rend actif
- Le poème installe une fausse sécurité, et c’est au lecteur seul qu’il revient de soupçonner la vérité.« Le Dormeur du val », v. 9-11 : « Nature, berce-le chaudement : il a froid »
- L’apparente idylle initiale endort la vigilance pour mieux la réveiller.« Le Dormeur du val », v. 1
- La pointe finale d’un sonnet satirique ne se comprend qu’en reconstituant tout ce que le poème n’a pas dit.« Morts de Quatre-vingt-douze… », v. 14
Le poème parle au lecteur et lui prête son expérience
- Le verbe forgé oblige le lecteur à en inventer le sens avec le poète.« Roman », II, v. 1 : « Le cœur fou Robinsonne à travers les romans »
- Le refrain le fait adhérer à une sagesse partagée.« Roman », refrain
- Le poème prête la parole à un meuble et fait du lecteur son confident.« Le Buffet », v. 12-14 : « Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires »
Cette complicité est politique : elle fait du lecteur un témoin, puis un juge
- Le poème place le lecteur devant cinq enfants agenouillés sans lui souffler sa réaction.« Les Effarés », v. 1-6
- L’interpellation historique lui assigne une responsabilité.« Morts de Quatre-vingt-douze », dernier vers
- L’invitation à partager la sensation en fait un compagnon de route.« Sensation », v. 1-4
Si le lecteur doit être émancipé à son tour, le poème peut-il encore lui dicter ce qu’il doit penser ?