Le corps est dans le recueil un objet (celui de Vénus, du soldat, des enfants), un instrument de connaissance (la sensation) et un principe de scandale (le trivial, le sexuel). Le sujet demande si cette omniprésence suffit à définir la démarche du recueil.
Le corps est-il, dans le Cahier de Douai, le lieu d’une vérité que l’esprit et les institutions avaient confisquée ?
Le plan en trois parties
Le corps y est d’abord un organe de connaissance
- La sensation supplante la pensée comme mode d’accès au monde.« Sensation », v. 5 : « Je ne parlerai pas, je ne penserai rien »
- Le regard désirant recompose le réel et fait du poète un inventeur.« À la Musique », strophe finale
- Le plaisir élémentaire est traité avec la dignité d’un motif noble.« Au Cabaret-Vert », v. 12-14
Il est aussi une arme critique : le corps dévoilé défait les prestiges
- Le corps repu de l’institution religieuse trahit son indifférence au malheur qu’elle bénit.« Le Mal », v. 9-11 : « Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées »
- Le corps de la déesse, réduit à sa chair malade, ruine l’idéal académique.« Vénus Anadyomène », v. 14
- Le corps de l’Empereur est un corps fatigué, qui dément la statue officielle.« Rages de Césars », v. 1-2
Mais le corps est surtout ce qui rend visible l’injustice, et fait basculer le recueil du désir à la politique
- Le corps troué du soldat est la seule vérité de la guerre.« Le Dormeur du val », v. 13-14
- Les corps des enfants affamés font du poème un constat social.« Les Effarés », « Leurs culs en rond »
- Le corps ouvrier oppose sa force brute au pouvoir.« Le Forgeron », la parole de l’ouvrier à Louis XVI
Le parcours parle d’émancipations créatrices : l’émancipation du corps est-elle chez Rimbaud le modèle de toutes les autres ?