Le vers, refrain de « Roman », joue de l’autodérision et revendique en même temps un droit à l’inconséquence. Le sujet demande si cette légèreté affichée rend compte d’un recueil qui contient aussi des poèmes sur la guerre et la misère.
L’insouciance revendiquée dans « Roman » est-elle la clé du Cahier de Douai, ou n’en éclaire-t-elle qu’un versant ?
Le plan en trois parties
Oui : le recueil fait de la jeunesse un principe poétique
- La légèreté est revendiquée jusque dans la structure en refrain du poème.« Roman », refrain
- L’amour y est un jeu de lecture, un emballement romanesque dont le poète invente le verbe.« Roman », II, v. 1 : « Le cœur fou Robinsonne à travers les romans »
- La fantaisie sensuelle accepte le pur plaisir de l’instant, sans le moindre commentaire moral.« Au Cabaret-Vert », v. 5-9 : la fille qui apporte les tartines et le jambon
Non : le recueil contient une gravité que la formule ne recouvre pas
- La mort du soldat interdit toute lecture badine.« Le Dormeur du val », v. 13-14
- La faim des enfants est regardée en face, sans ironie.« Les Effarés », « Leurs culs en rond »
- La colère politique adopte le ton du réquisitoire.« Morts de Quatre-vingt-douze », v. 1-4
La formule est exacte si l’on entend « sérieux » au sens de conforme : la jeunesse est ici une méthode
- N’être pas sérieux, c’est refuser la langue grave des institutions.« Le Mal », v. 9
- C’est aussi s’autoriser à mêler les registres dans un même sonnet.« Au Cabaret-Vert », v. 1-4
- C’est enfin revendiquer l’inachèvement, le brouillon, le cahier plutôt que le livre.« Ma Bohème », sous-titre « Fantaisie »
Rimbaud avait en réalité seize ans à l’automne 1870 : que signifie ce léger mensonge biographique au cœur d’un poème sur la jeunesse ?