Le recueil pratique tous les registres du comique, de la charge caricaturale à la blague d’adolescent. Le sujet demande si ce rire est un instrument de contestation efficace ou une manière d’esquiver la gravité.
Le rire de Rimbaud sert-il l’émancipation, ou révèle-t-il l’immaturité d’un poète de seize ans ?
Le plan en trois parties
Un rire d’attaque, qui déshabille les puissants
- La caricature réduit l’autorité religieuse à un ricanement au milieu de la vaisselle d’or.« Le Mal », v. 9-11 : « Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées »
- La parodie d’image populaire ridiculise la gloire impériale.« L’Éclatante Victoire de Sarrebruck »
- La satire du bourgeois passe par le corps, plus efficace que l’argument.« À la Musique », v. 1-4
Un rire d’adolescent, qui se moque aussi de lui-même
- Le poète se moque de son propre cœur emballé, qu’il montre courant les romans comme un naufragé.« Roman », II, v. 1 : « Le cœur fou Robinsonne à travers les romans »
- L’autoportrait du vagabond est volontairement dérisoire.« Ma Bohème », v. 1
- La chute prosaïque brise net l’élan lyrique, aux dépens du locuteur.« Les Reparties de Nina », dernier vers : « — Et mon bureau ? »
Ce rire double est le ressort même de l’émancipation créatrice
- Rire de soi préserve la révolte de devenir une nouvelle pose.« Roman », refrain répété à la fin du poème
- Le comique fait entrer dans le vers un lexique et des objets neufs.« Vénus Anadyomène », v. 1-4
- Le rire s’arrête pourtant devant cinq enfants agenouillés dans la neige : il est donc choisi, et non subi.« Les Effarés », v. 1-6
Baudelaire voyait dans le rire une marque de la chute de l’homme : le rire de Rimbaud est-il au contraire un signe de santé ?