Le lyrisme romantique reposait sur un moi qui s’épanche et cherche l’universel dans sa plainte. Le sujet demande si le sujet rimbaldien, sensuel, ironique et souvent tourné vers l’extérieur, rompt avec ce modèle ou le prolonge.
Le « je » du Cahier de Douai est-il l’héritier du moi romantique ou déjà une figure étrangère à lui ?
Le plan en trois parties
Un « je » encore romantique par certains traits
- Il rêve, il s’élance, il se dit habité par un amour infini.« Sensation », v. 6 : « l’amour infini me montera dans l’âme »
- Il se pose en poète inspiré, fidèle à la Muse.« Ma Bohème », v. 3 : « J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal »
- Il reprend des figures mythiques héritées de la tradition.« Ophélie », partie III, où le Poète parle en son nom
Mais ce « je » se définit par la sensation et par le corps, non par l’âme
- Il suspend volontairement la parole et la pensée pour laisser parler la peau.« Sensation », v. 5-8 : « Je ne parlerai pas, je ne penserai rien »
- Il se montre affamé, débraillé, désirant, dans un détail concret et non noble.« À la Musique », strophe finale
- Il se raconte au passé simple, attablé et bienheureux, comme un personnage d’anecdote.« Au Cabaret-Vert », v. 5-9 : « Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table / Verte »
Surtout, ce « je » est un personnage que le poème construit et met à distance
- Il se donne un costume et un mythe, ce qui suppose un écart avec lui-même.« Ma Bohème », v. 7-8
- Il se désigne par un « on » sentencieux qui le place à distance de lui-même.« Roman », I, v. 1-4 : « On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans »
- Il s’efface enfin derrière des voix collectives qui ne sont pas la sienne.« Le Forgeron », prise de parole ouvrière
La formule « Je est un autre », écrite en mai 1871, ne fait-elle que nommer ce que le Cahier de Douai pratiquait déjà ?