La nature rimbaldienne accueille le marcheur et lui rend sa liberté, mais elle est aussi le décor indifférent où pourrit un soldat. Le sujet oppose donc une lecture consolatrice héritée du romantisme à une lecture plus cruelle.
La nature offre-t-elle au poète du Cahier de Douai un asile, ou lui sert-elle à mesurer la violence des hommes ?
Le plan en trois parties
Une nature complice, qui accueille l’émancipation du corps
- Elle est le lieu d’une promesse, dite au futur, où le sujet se défait de tout.« Sensation », v. 1-4
- Elle remplace la société, jusque dans le vocabulaire de l’intimité.« Sensation », v. 8 : « heureux comme avec une femme »
- Elle donne au vagabond un toit et une famille cosmiques.« Ma Bohème », v. 7-8
Une nature trompeuse, dont la beauté sert de piège au lecteur
- Le décor pastoral est construit pour être démenti par la chute.« Le Dormeur du val », v. 1
- La douceur prodiguée par la nature devient insoutenable dès qu’on comprend à qui elle s’adresse.« Le Dormeur du val », v. 9-11 : « il a froid »
- La Nature elle-même est prise à partie, sommée de répondre de sa joie au-dessus des morts.« Le Mal », v. 7-8 : « — Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie, / Nature ! »
La nature est en réalité un opérateur poétique : elle sert à mesurer ce que vaut le monde des hommes
- Son innocence fait ressortir par contraste l’absurdité des institutions.« À la Musique », v. 1-4, le square « taillé en mesquines pelouses »
- L’eau et les fleurs y portent un imaginaire de liberté mortelle.« Ophélie », partie II : « l’âpre liberté »
- Elle finit par devenir une matière verbale plus qu’un paysage : couleurs, sons, sensations.« Au Cabaret-Vert », v. 12-14, « un rayon de soleil arriéré »
Le square de « À la Musique » est une nature domestiquée par la ville : la critique de Rimbaud ne vise-t-elle pas d’abord cette nature-là ?