Le désir y est partout : sensuel, alimentaire, érotique, mais aussi ridicule et parfois brutal. Le sujet demande si cette énergie libère réellement le sujet ou si elle le soumet à d’autres servitudes.
Le désir affranchit-il le poète du Cahier de Douai, ou l’expose-t-il à de nouvelles dépendances ?
Le plan en trois parties
Le désir délivre le sujet de la morale reçue
- Il s’affirme sans culpabilité comme mode de rapport au monde.« Sensation », v. 8
- Il autorise un regard interdit et le revendique comme travail poétique.« À la Musique », strophe finale
- Il donne lieu à des scènes de désir traitées avec légèreté, sans faute ni remords.« Au Cabaret-Vert », v. 5-9 : la fille aux yeux vifs qui sert le repas
Mais le désir est aussi ce qui rend le sujet ridicule et vulnérable
- L’amoureux de dix-sept ans est le premier moqué, par un poème qui lui refuse tout sérieux.« Roman », I, v. 1-4
- La rêverie amoureuse se brise sur une objection prosaïque.« Les Reparties de Nina », dernier vers
- Le désir se heurte aux meubles du monde ancien, qui n’ont à offrir que des histoires refermées.« Le Buffet », v. 12-14 : « tu voudrais conter tes contes »
C’est le désir mis en forme, et non le désir satisfait, qui émancipe
- Le désir devient énergie verbale, au point de forger un verbe qui n’existait pas.« Roman », II, v. 1 : « Le cœur fou Robinsonne »
- La dégradation du désir est elle-même un geste créateur, qui invente un lexique.« Vénus Anadyomène », v. 1-4
- Le désir tourné vers le monde entier, et non vers une personne, devient programme poétique.« Sensation », v. 5-8 : « l’amour infini me montera dans l’âme »
Le parcours parle d’émancipations au pluriel : celle du désir et celle du peuple sont-elles chez Rimbaud la même émancipation ?