Hugo avait déjà fait entrer les pauvres dans la grande poésie, mais souvent avec un pathos édifiant. Le sujet demande ce que Rimbaud change à cette représentation.
Comment le Cahier de Douai regarde-t-il les humbles sans les transformer en figures morales ?
Le plan en trois parties
Un héritage hugolien assumé
- Le peuple prend la parole en personne dans un poème dramatique.« Le Forgeron »
- La misère des enfants est placée au centre d’un poème entier.« Les Effarés », première strophe
- Les morts anonymes de la Révolution deviennent des figures de référence.« Morts de Quatre-vingt-douze », v. 1-4
Mais un regard sans leçon de morale
- Les enfants ne sont pas des symboles : ils forment un groupe de corps accroupis, comptés un par un.« Les Effarés », v. 1-6 : « À genoux, cinq petits »
- Le poème refuse la consolation religieuse et la retourne contre elle-même.« Le Mal », derniers vers, la mère et son gros sou
- Le soldat mort n’est pas un héros : il est un jeune homme dans l’herbe.« Le Dormeur du val », v. 13-14
Le poète se range lui-même du côté des humbles, ce qui change sa position d’énonciation
- Il se décrit pauvre, troué, affamé : il ne parle pas d’en haut.« Ma Bohème », v. 1
- Il s’attable dans une auberge ouvrière et s’y trouve bienheureux, à hauteur de ceux qu’il regarde.« Au Cabaret-Vert », v. 5-9 : « Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table »
- Il oppose son propre corps débraillé à celui des notables.« À la Musique », v. 1-4 et strophe finale
Cette solidarité déclarée résiste-t-elle à la brutalité de certains poèmes, où les corps pauvres sont aussi objets de dégoût ?