Rimbaud hérite de Baudelaire l’idée qu’un objet répugnant peut produire un grand poème, mais il pousse le procédé jusqu’à la violence caricaturale. Le sujet demande si cette laideur est esthétisée ou si elle reste une pure agression.
En représentant le laid, le Cahier de Douai cherche-t-il une beauté nouvelle ou l’abolition de la beauté ?
Le plan en trois parties
Le laid comme matière offerte au poème
- L’anti-blason construit méthodiquement un portrait répugnant, jusqu’au dernier mot.« Vénus Anadyomène », v. 14
- Le macabre devient un spectacle verbal, où les bataillons croulent en couleurs vives.« Le Mal », v. 1-4 : « Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille »
- Le corps bourgeois est décrit en termes physiologiques qui le rendent comique.« À la Musique », v. 1-4
Mais la laideur reste un instrument critique, non un objet de contemplation
- La déesse défigurée vise moins une femme qu’un idéal académique.« Vénus Anadyomène », v. 1-4
- Le dévoilement du sacré est une démonstration économique : l’or des autels sort du mouchoir des pauvres.« Le Mal », v. 12-14 : « Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir ! »
- L’horreur de la guerre n’a rien d’esthétique : elle est ce qui interdit de continuer le poème.« Le Dormeur du val », v. 13-14
La beauté du recueil est ailleurs : dans l’énergie de la langue qui accueille tout
- La force poétique vient du mélange des registres, non du sujet représenté.« Au Cabaret-Vert », v. 12-14
- Le bonheur d’un amour infini prouve que Rimbaud ne cherche pas le laid pour lui-même.« Sensation », v. 5-8 : « l’amour infini me montera dans l’âme »
- La beauté devient un effet de rythme et de trouvaille, non de sujet noble.« Ma Bohème », v. 12-14
Quand Rimbaud écrira dans Une saison en enfer qu’il a assis la Beauté sur ses genoux et l’a injuriée, ne donnera-t-il pas rétrospectivement la clé du Cahier ?