Le titre est posthume : il désigne deux liasses de poèmes recopiés à Douai pour Paul Demeny à l’automne 1870, que l’auteur demandera plus tard de brûler. Le sujet interroge l’unité d’un ensemble que son auteur n’a pas composé comme livre.
Ce que nous appelons Cahier de Douai forme-t-il une œuvre, ou seulement une collection de poèmes que la critique a ordonnée après coup ?
Le plan en trois parties
Des arguments forts contre l’idée de recueil
- Aucun titre d’auteur, aucun ordre voulu : des pièces d’inspiration incompatibles, du tableau parnassien à la scène de rue.« Ophélie », I, v. 1-4
- Des genres et des longueurs incompatibles, du poème dramatique au sonnet.« Le Forgeron », long poème en alexandrins dialogués
- Des pièces de pure circonstance, liées à l’actualité de l’été 1870.« L’Éclatante Victoire de Sarrebruck »
Mais une unité de fait s’impose à la lecture
- Une même voix insolente traverse les vingt-deux pièces.« Roman », refrain
- Un même geste de refus des autorités revient d’un poème à l’autre.« Le Mal », v. 9
- Un même imaginaire du départ et de la route relie les pièces les plus célèbres.« Ma Bohème », v. 1
Cette unité est celle d’un moment de création, et c’est ce qui en fait un objet unique
- Le cahier saisit l’instant où un élève devient poète : c’est un document de l’émancipation.« Sensation », v. 1-4, écrite au printemps 1870
- L’inachèvement n’est pas un défaut mais un trait de sens : le livre reste ouvert.« Le Buffet », v. 1-2, image du meuble plein d’histoires non dites
- Le recueil garde l’allure d’un manuscrit en marche, comme le paletot qui « devenait idéal » : une œuvre en train de se faire.« Ma Bohème (Fantaisie) », v. 1-4 : « Mon paletot aussi devenait idéal »
Faut-il alors lire les vingt-deux poèmes dans l’ordre du manuscrit, ou l’ordre importe-t-il moins que la date ?