Le recueil affirme des convictions politiques fortes, mais il reste un manuscrit confié à un ami, que son auteur voudra ensuite brûler. Le sujet confronte l’ambition du poème à son efficacité réelle.
Le Cahier de Douai croit-il à la puissance d’action de la poésie, ou en fait-il le constat d’impuissance ?
Le plan en trois parties
Une poésie qui se veut agissante
- Elle donne la parole au peuple et met le roi en accusation.« Le Forgeron »
- Elle interpelle directement les contemporains au nom des morts.« Morts de Quatre-vingt-douze », dernier vers
- Elle ridiculise le pouvoir avec les armes de l’image populaire.« L’Éclatante Victoire de Sarrebruck »
Une poésie qui mesure aussi son impuissance
- Le poème constate la mort sans pouvoir l’empêcher : il se contente de la montrer.« Le Dormeur du val », v. 13-14
- Les enfants affamés sont encore à genoux dans la neige quand le poème s’achève.« Les Effarés », v. 1-6
- Le tyran chemine tranquillement le long des pelouses, sans qu’aucun vers l’ait inquiété.« Rages de Césars », v. 1-4
Son efficacité est d’un autre ordre : elle modifie le regard, donc le possible
- Faire voir un détail obscène du corps social, c’est déjà l’attaquer.« Vénus Anadyomène », v. 14
- Montrer la connivence de la religion et du massacre déplace le jugement du lecteur.« Le Mal », v. 9
- Proposer une autre vie possible est en soi un acte, même sans programme.« Sensation », v. 5-8
Si la poésie n’agit que sur le regard, faut-il encore l’appeler engagée, ou seulement lucide ?