Rimbaud, excellent latiniste, convoque Vénus, les faunes et les satyres, tandis que d’autres poèmes datent précisément l’automne 1870. Le sujet interroge la coexistence de ces deux temps.
La référence antique est-elle dans le Cahier de Douai un héritage scolaire ou un moyen de juger le présent ?
Le plan en trois parties
Une Antiquité héritée, encore révérée
- L’héritage épique, clairon d’airain et portrait monumental, est encore révéré sans ironie.« Le Forgeron », v. 1-5 : « le front large, riant / Comme un clairon d’airain »
- Elle fournit un répertoire de figures nobles pour le jeune poète en formation.« Ophélie », partie III
- Elle donne un modèle de corps heureux opposé à la pudibonderie contemporaine.« Sensation », v. 8
Une Antiquité aussitôt profanée
- La Vénus sortant des eaux devient une femme dans une baignoire de fer-blanc.« Vénus Anadyomène », v. 1-4
- Le nom latin gravé sur les reins achève la profanation.« Vénus Anadyomène », v. 14
- La grandeur impériale romaine est ramenée à un cigare.« Rages de Césars », v. 1-2
Le heurt des deux temps est lui-même la trouvaille poétique
- L’écart entre le modèle antique et le présent mesure la médiocrité de l’époque.« À la Musique », v. 1-4
- La référence à la lyre dans un sonnet de vagabond crée un court-circuit fécond.« Ma Bohème », v. 12-14
- Ce montage permet de parler du présent le plus immédiat sans renoncer à la grande forme.« Au Cabaret-Vert », v. 1-4
Cette manière de faire entrer le passé glorieux dans le présent sordide n’est-elle pas déjà, chez Baudelaire, le principe du moderne ?