Le recueil regorge de détails matériels datés et situés, jusqu’au nom d’un café de Charleroi, ce qui rapproche certains poèmes de la prose de son temps. Le sujet demande si cette précision suffit à faire du réalisme, ou si elle sert un autre projet.
Le souci du détail concret fait-il du Cahier de Douai une poésie du réel, ou un moyen de déplacer les frontières du poétique ?
Le plan en trois parties
Un ancrage concret inhabituel en poésie
- Lieux, dates et objets sont nommés avec une exactitude de reportage.« Au Cabaret-Vert », v. 1-4 : « J’entrais à Charleroi »
- La misère sociale est décrite dans ses détails physiques.« Les Effarés », « Leurs culs en rond »
- L’actualité politique entre directement dans le vers.« Morts de Quatre-vingt-douze », dernier vers
Mais ce réel est toujours transformé par la sensation et l’image
- La description bascule dans la couleur et la lumière plus que dans l’information.« Au Cabaret-Vert », v. 12-14
- Le paysage est construit comme un piège narratif, non comme un constat.« Le Dormeur du val », v. 1
- La métaphore prend le pas sur l’observation jusque dans la satire.« Le Mal », v. 1-2
Le concret est en réalité un instrument d’émancipation : il ouvre la poésie à ce qu’elle excluait
- Nommer le jambon ou la chope, c’est décider que tout est dicible en vers.« Au Cabaret-Vert », v. 1-4
- Nommer le corps malade, c’est destituer l’idéal esthétique.« Vénus Anadyomène », v. 14
- Le détail trivial mis dans un sonnet produit un choc qui est le sens même du poème.« Ma Bohème », v. 6 : « Mon unique culotte avait un large trou »
En quoi cette conquête du trivial annonce-t-elle la poésie du quotidien que pratiqueront, un siècle plus tard, Ponge ou Prévert ?