On lit souvent ces poèmes comme le coup d’éclat d’un génie précoce, mais ils sont aussi les exercices d’un très bon élève qui imite Hugo, Banville et Baudelaire. Le sujet demande de tenir les deux bouts.
Ces vingt-deux poèmes rompent-ils avec la tradition, ou la mettent-ils en œuvre avec une virtuosité qui ne rompt encore rien ?
Le plan en trois parties
Une œuvre d’apprentissage, saturée de modèles
- L’aspiration païenne à une nature heureuse y est reprise sans distance critique.« Sensation », v. 5-8 : « heureux comme avec une femme »
- Le souffle hugolien commande le long poème politique.« Le Forgeron »
- La figure shakespearienne d’Ophélie passe par le filtre de Banville.« Ophélie », partie I
Une œuvre de rupture, où l’élève déborde ses maîtres
- Le sujet trivial prend la place du sujet noble dans une forme noble.« Au Cabaret-Vert », v. 1-4
- La provocation lexicale franchit une limite que Baudelaire lui-même n’avait pas franchie ainsi.« Vénus Anadyomène », v. 14
- L’ironie retourne la posture du poète inspiré : son cœur ne s’envole pas, il Robinsonne.« Roman », II, v. 1
L’apprentissage est précisément le lieu de la rupture : Rimbaud s’émancipe en excellant
- C’est la maîtrise du sonnet qui rend la transgression lisible.« Le Dormeur du val », v. 13-14
- L’imitation devient parodie dès qu’elle est parfaite.« L’Éclatante Victoire de Sarrebruck »
- Le poème final du cahier revendique cette position : le rimeur bricoleur, entre lyre et soulier.« Ma Bohème », v. 12-14
Faut-il en conclure qu’il n’y a pas de création sans une longue soumission préalable aux formes héritées ?