Le recueil naît pendant la guerre franco-prussienne et la chute du Second Empire, et plusieurs poèmes prennent parti. Mais l’engagement d’un poète ne se mesure pas au seul contenu des poèmes : il faut interroger la politique de la forme.
Le Cahier de Douai est-il politique parce qu’il parle de l’Empire et de la guerre, ou parce qu’il renverse l’ordre du poème ?
Le plan en trois parties
Des poèmes de circonstance qui prennent nettement parti
- Le recueil ridiculise l’Empire au moment de son effondrement, en réduisant le souverain à une silhouette qui fume.« Rages de Césars », v. 1-4 : « L’Homme pâle… et le cigare aux dents »
- Il attaque la propagande militaire dans ses images populaires.« L’Éclatante Victoire de Sarrebruck »
- Il revendique un héritage républicain contre ses faux héritiers.« Morts de Quatre-vingt-douze », dernier vers
Une politique plus large : la solidarité avec les corps pauvres
- Les enfants misérables sont regardés de dos et de tout près, sans condescendance ni pathos édifiant.« Les Effarés », v. 1-6 : « Leurs culs en rond, / À genoux, cinq petits »
- Le peuple prend la parole en son nom propre dans un long poème dramatique.« Le Forgeron »
- La dévotion est dénoncée comme un instrument d’ordre social.« Le Mal », v. 9 et derniers vers
Le geste le plus politique est formel : faire entrer dans le vers ce que le vers excluait
- Le prosaïsme du détail est une prise de position sur ce qui mérite d’être dit.« Au Cabaret-Vert », v. 1-4
- La déformation du sonnet met en crise l’autorité des modèles.« Vénus Anadyomène », v. 1-4
- Le rire insolent est une arme contre le sérieux, qui est la langue du pouvoir.« Roman », refrain
La Commune de 1871 trouvera Rimbaud plus radical encore : le Cahier de Douai annonce-t-il cet engagement, ou en est-il seulement la répétition ironique ?