Camille et Perdican reviennent tous deux d’une institution qui devait les former, et se retrouvent dans le décor de leur enfance commune. Le sujet demande si leur conduite relève d’un refus d’entrer dans l’âge adulte, ou si c’est le monde des adultes qui leur interdit de grandir.
L’échec des deux jeunes gens tient-il à leur immaturité ou au monde qui prétend les marier ?
Le plan en trois parties
Deux enfants dont on a réglé l’avenir
- Le baron a conçu le mariage comme l’aboutissement d’un investissement : les jeunes gens sont des produits, non des sujets.« leur éducation me coûte six mille écus », le baron, I, 2
- Camille récuse violemment l’enfance commune, ce qui montre qu’elle en est encore toute proche.« ni assez vieille pour aimer le passé », Camille, I, 3
- Perdican propose une union sans forme ni institution : c’est le rêve d’une vie qui n’aurait pas à devenir adulte.« Pourquoi nous marier ? voilà ta main et voilà la mienne », Perdican, II, 1
Une jeunesse qui joue à l’expérience
- Le conseil de prendre un amant imite le cynisme des gens du monde : Perdican emprunte une sagesse qui n’est pas la sienne.« — De prendre un amant », la stichomythie, II, 5
- Son attaque contre les nonnes est un discours d’homme d’expérience tenu par quelqu’un qui n’a rien vécu de tel.« Sais-tu ce que c’est que des nonnes, malheureuse fille ? », Perdican, II, 5
- La larme démentie révèle l’enfant sous le personnage : il pleure et refuse de l’admettre.« voilà une goutte de pluie qui me tombe sur la main », Rosette, II, 3
Grandir, ici, c’est perdre
- Le geste de la bague jetée est le premier acte irréversible de Perdican : il rompt avec son enfance en détruisant un objet.la bague jetée dans l’eau, « notre image a disparu », III, 3
- L’aveu de l’oratoire est une parole d’adulte, dépouillée de tout jeu, mais il ne vient qu’à l’instant du désastre.« Je t’aime Camille, voilà tout ce que je sais », III, 6
- La dernière scène leur donne la conscience d’avoir gâché ce qu’ils avaient : grandir, dans la pièce, ne s’obtient que trop tard.« Insensés que nous sommes ! nous nous aimons », III, 8
Le héros romantique n’est-il pas toujours celui qui découvre sa maturité au moment précis où elle ne lui sert plus à rien ?