Aimer, pour Perdican, c’est dire ce qu’on éprouve sans réserve ; pour Camille, c’est s’assurer contre l’inconstance par des serments vérifiables. Le sujet oppose donc deux exigences de vérité, l’une de sincérité, l’autre de garantie, et demande si l’amour peut satisfaire l’une ou l’autre.
L’amour exige-t-il la vérité, ou la rend-il précisément impossible ?
Le plan en trois parties
Chacun défend sa vérité contre l’autre
- Camille fait de l’amour éternel une vérité démontrable : elle veut des serments qui ne se violent pas, c’est-à-dire des preuves.« je veux aimer d’un amour éternel, et faire des serments qui ne se violent pas », Camille, II, 5
- Son refus du contact est une vérité de son corps qu’aucun discours ne contredit : elle ne ment pas, elle a été formée ainsi.« Je n’aime pas les attouchements », Camille, II, 1
- Perdican oppose une vérité de la nature, qui se passe de preuves : les prairies enseignent en faisant oublier les démonstrations.« ces arbres et ces prairies enseignent […] l’oubli de ce qu’on sait », Perdican, I, 4
On ment pour dire vrai, on dit vrai pour blesser
- Le mensonge de Blazius donne la version comique du problème : le menteur se trahit par le mot juste qui lui échappe.« un coup de vin, je veux dire un verre d’eau », Blazius, II, 4
- Le baron dit ce qu’il croit vrai des femmes et n’énonce que des lieux communs : la sincérité ne garantit pas la vérité.« je connais ces êtres charmants et indéfinissables », le baron à Bridaine, I, 2
- Camille reconnaît que les mots vrais de Perdican l’ont atteinte comme une arme : la vérité, lancée, devient poison.« ta flèche empoisonnée », Camille, III, 6
La vérité de l’amour ne se dit qu’après la perte
- La promesse faite à Rosette est un mensonge par sa destination et une vérité par sa formulation : la pièce rend les deux indiscernables.« tu seras ma femme et nous prendrons racine », Perdican à Rosette, III, 3
- La tirade de l’acte II énonce une vérité qui ne se démontre pas et ne se prouve à personne : avoir aimé.« Tous les hommes sont menteurs […] ; mais j’ai aimé », fin de l’acte II, sc. 5
- Les trois derniers mots de la pièce sont la seule proposition que personne ne peut discuter, et elle clôt tout amour possible.« Elle est morte. Adieu, Perdican ! », explicit, III, 8
Faut-il croire, avec Musset, que l’amour ne supporte la vérité que sous la forme d’un constat irréparable ?