Le malentendu est un ressort de comédie : il suppose une information qui circule mal et qu’un éclaircissement pourrait dissiper. La pièce en multiplie les formes, mais son dénouement ne ressemble en rien à une reconnaissance heureuse, ce qui invite à examiner la nature de ces malentendus.
Les personnages se méprennent-ils les uns sur les autres, ou refusent-ils de comprendre ce qu’ils ont parfaitement entendu ?
Le plan en trois parties
Des messages détournés de leur destination
- Le billet de Camille est écrit pour un fiancé imaginaire et lu par tout le château : dès l’acte II, l’information circule de travers.« Vous écrivez un billet à un homme ? », dame Pluche, II, 1
- Le mot de la petite fontaine parvient à Perdican par une chaîne d’espions : le rendez-vous est un malentendu organisé.« Trouvez-vous à midi à la petite fontaine », le billet, II, 5
- Perdican lui-même lit le village comme une leçon simple : son éloge de l’oubli est un premier contresens sur ce qui l’attend.« ces arbres et ces prairies enseignent […] l’oubli de ce qu’on sait », Perdican, I, 4
Des stratégies qui se trompent de cible
- Camille oppose un fiancé céleste pour être rassurée sur l’amour terrestre : elle demande le contraire de ce qu’elle dit.« je veux aimer d’un amour éternel, et faire des serments qui ne se violent pas », Camille, II, 5
- Perdican adresse à Rosette un serment destiné à Camille : la parole atteint quelqu’un qu’elle ne visait pas.« tu seras ma femme et nous prendrons racine », Perdican à Rosette, III, 3
- Le monologue prouve que Perdican se méprend d’abord sur lui-même : le malentendu principal est intérieur.« Je voudrais bien savoir si je suis amoureux », monologue, III, 1
Un malentendu qui ne peut plus se dissiper
- La formule galante du premier acte, qui autorisait le baiser volé, devient la règle réelle du jeu et personne ne la rectifie.« l’amour peut voler un baiser », Perdican, I, 2
- Rosette, elle, a tout compris et le dit : le malentendu n’est pas partagé, il ne concerne que ceux qui refusent d’entendre.Rosette à genoux, « vous ne m’avez fait la cour que… », III, 7
- Le dénouement supprime toute reconnaissance possible : au lieu d’un éclaircissement comique, la pièce donne un constat de mort.« Elle est morte. Adieu, Perdican ! », explicit, III, 8
Le passage du malentendu comique au malentendu tragique ne définit-il pas, à lui seul, le drame romantique ?