La pièce mêle des scènes de farce, portées par les grotesques, à un duel amoureux qui finit par un mort ; on y voit souvent un simple contraste destiné à rehausser le drame. Il faut se demander si le comique se contente d’alterner avec le pathétique ou s’il en est le moteur.
Le rire, dans la pièce, sert-il seulement à faire ressortir le drame, ou participe-t-il à le produire ?
Le plan en trois parties
Un comique franc, celui des corps et des mots d’esprit
- Le rapport de Blazius est un morceau de farce : le lapsus sur le vin fait rire d’un personnage incapable de mentir proprement.« un coup de vin, je veux dire un verre d’eau », Blazius, II, 4
- Le baron produit un comique de caractère : sa suffisance et ses généralités font de lui une figure de comédie classique.« je connais ces êtres charmants et indéfinissables », le baron à Bridaine, I, 2
- Camille elle-même pratique le trait d’esprit : la formule sur les poupées et le passé est d’abord une pointe.« ni assez vieille pour aimer le passé », Camille, I, 3
Un comique qui grince : l’esprit devient une arme
- La réplique sur les attouchements fait rire en salle et blesse en scène : le même mot produit deux effets opposés.« Je n’aime pas les attouchements », Camille, II, 1
- Le conseil de prendre un amant est un trait de comédie mondaine dont la cruauté déborde aussitôt le rire.« — De prendre un amant », la stichomythie, II, 5
- Camille nomme après coup ce qu’était cet esprit : une flèche, c’est-à-dire une arme déguisée en jeu.« ta flèche empoisonnée », Camille, III, 6
Le rire s’éteint et découvre ce qu’il masquait
- La scène de la fontaine substitue au mot d’esprit une image grave : le comique cède la place au symbole.la bague jetée dans l’eau, « notre image a disparu », III, 3
- La tirade qui ferme l’acte II interrompt le duel spirituel par un lyrisme sans ironie : la pièce change de régime.« Tous les hommes sont menteurs […] ; mais j’ai aimé », fin de l’acte II, sc. 5
- L’aveu final ne comporte plus une seule pointe : le rire disparaît exactement quand les personnages cessent de jouer.« Insensés que nous sommes ! nous nous aimons », III, 8
Le mélange des tons, revendiqué par le romantisme, ne trouve-t-il pas ici sa justification la plus rigoureuse, puisque c’est le rire lui-même qui tue ?