Le mariage est le projet qui ouvre la pièce et l’événement qui n’aura jamais lieu ; il est à la fois une alliance familiale, un sacrement et une promesse entre deux êtres. Le sujet demande lequel de ces aspects la pièce met en accusation.
L’échec du mariage tient-il à l’institution qui le règle ou au sentiment qui refuse de s’y plier ?
Le plan en trois parties
Une affaire de famille, réglée d’avance
- Le baron présente le mariage comme un dessein rationnel et chiffré : le sentiment n’entre pas dans le calcul.« leur éducation me coûte six mille écus », le baron, I, 2
- L’apologue du curé pose la question de la validité du rite : ce qui unit, est-ce une parole consacrée ou une réalité ?« s’il soufflait sur un verre d’eau et vous disait que c’est un verre de vin », Camille, II, 5
- Camille pense l’alliance en termes d’équité : sa maxime est déjà un contrat, et non un élan.« L’amitié ni l’amour ne doivent recevoir que ce qu’ils peuvent rendre », Camille, I, 2
Perdican rêve d’une union sans institution
- Sa proposition supprime le prêtre et le contrat : seule la volonté de deux êtres doit faire le lien.« Pourquoi nous marier ? voilà ta main et voilà la mienne », Perdican, II, 1
- Son attaque contre les nonnes disqualifie l’institution religieuse comme juge de l’amour humain.« Sais-tu ce que c’est que des nonnes, malheureuse fille ? », Perdican, II, 5
- Rosette, elle, ne connaît ni contrat ni sacrement : sa distinction entre mots et baisers donne la version paysanne de l’union.« Des mots sont des mots et des baisers sont des baisers », Rosette, II, 3
Aucun mariage n’a lieu : les deux principes se détruisent
- La lettre à sœur Louise montre que Camille voulait un triomphe et non une alliance : le sentiment lui-même est corrompu par la stratégie.la lettre à sœur Louise, « ce pauvre jeune homme… », III, 2
- L’aveu réciproque a lieu hors de tout cadre, dans un oratoire, et n’aboutit à aucune union.« Je t’aime Camille, voilà tout ce que je sais », III, 6
- Perdican désigne l’orgueil comme l’obstacle : ce n’est donc ni l’institution ni le sentiment, mais ce qui empêche de consentir.« Orgueil, le plus fatal des conseillers humains », III, 8
La comédie classique se terminait par un mariage ; que signifie, pour le théâtre romantique, de la conclure par un enterrement ?