Badiner suppose du loisir, une éducation, un public et la certitude qu’on pourra se retirer du jeu ; ce sont exactement les biens dont Rosette est privée. Le sujet engage donc une lecture sociale du parcours, où les jeux du cœur et de la parole apparaissent comme un luxe.
Le badinage est-il un usage social réservé, et que devient-il lorsqu’il franchit les frontières de condition ?
Le plan en trois parties
Badiner suppose du loisir, de l’esprit et des mots
- La formule de Perdican sur le baiser volé est un exercice de style qui suppose une culture partagée de la galanterie.« l’amour peut voler un baiser », Perdican, I, 2
- Son éloge de l’oubli des sciences est le luxe d’un homme qui possède ce savoir : on ne renonce qu’à ce qu’on a.« ces arbres et ces prairies enseignent […] l’oubli de ce qu’on sait », Perdican, I, 4
- Les grotesques, eux, ne badinent pas : ils mentent lourdement, faute de posséder l’art des demi-mots.« un coup de vin, je veux dire un verre d’eau », Blazius, II, 4
Le badinage descend d’un étage et change de nature
- Adressée à une paysanne, la promesse de mariage n’est plus un jeu : Rosette n’a pas les moyens de la lire comme une figure.« tu seras ma femme et nous prendrons racine », Perdican à Rosette, III, 3
- Le billet de Camille suppose une convention d’écriture que seuls les maîtres pratiquent : le jeu se joue par écrit, hors de portée des autres.« Vous écrivez un billet à un homme ? », dame Pluche, II, 1
- Le crucifix opposé comme argument relève d’une culture de couvent : la joute est réservée à ceux qui en ont les références.« je veux aimer d’un amour éternel, et faire des serments qui ne se violent pas », Camille, II, 5
Ceux qui n’ont pas le droit de badiner en paient le prix
- Rosette rapporte le jugement du village : vue d’en bas, la joute des maîtres est une humiliation publique.Rosette à genoux, « vous ne m’avez fait la cour que… », III, 7
- La tirade de l’acte II montre que le privilège a son revers : ceux qui savent jouer finissent aussi par souffrir.« Tous les hommes sont menteurs […] ; mais j’ai aimé », fin de l’acte II, sc. 5
- Le dénouement établit l’inégalité définitive : les nobles se séparent, la paysanne meurt.« Elle est morte. Adieu, Perdican ! », explicit, III, 8
Le titre-proverbe ne s’adresse-t-il pas d’abord à ceux qui ont les moyens de badiner, c’est-à-dire de risquer la vie des autres ?