Le drame romantique se définit par le mélange des tons, la liberté de la construction, un héros excessif et une fatalité qui broie les individus ; la pièce présente ces traits, mais dans un cadre resserré et sans grandeur historique. Le sujet invite à confronter l'œuvre à la doctrine du genre plutôt qu’à l’y ranger.
L'œuvre satisfait-elle aux ambitions du drame romantique, ou en propose-t-elle une version réduite et désenchantée ?
Le plan en trois parties
Le mélange des tons et des conditions
- La sottise du baron relève de la comédie de caractère, et voisine sans transition avec le duel amoureux.« je connais ces êtres charmants et indéfinissables », le baron à Bridaine, I, 2
- Le trait d’esprit de Camille sur les poupées appartient au théâtre léger, dans une pièce qui finira par un mort.« ni assez vieille pour aimer le passé », Camille, I, 3
- La stichomythie fait alterner en quelques répliques le badinage, la cruauté et l’aveu : les registres se croisent dans la même scène.« — De prendre un amant », la stichomythie, II, 5
Un héros romantique : excès, lyrisme, communion avec la nature
- La tirade contre les nonnes déploie une éloquence passionnée qui rompt avec la mesure classique.« Sais-tu ce que c’est que des nonnes, malheureuse fille ? », Perdican, II, 5
- La scène de la fontaine associe un paysage et un état d’âme selon le procédé le plus caractéristique du lyrisme romantique.la bague jetée dans l’eau, « notre image a disparu », III, 3
- La larme niée relève du héros partagé entre la pose et l’émotion, figure centrale de la génération de Musset.« voilà une goutte de pluie qui me tombe sur la main », Rosette, II, 3
Mais une fatalité sans grandeur
- L’obstacle n’est ni l’histoire ni la société, mais une répugnance intime : la cause du drame est minuscule.« Je n’aime pas les attouchements », Camille, II, 1
- L’arme n’est pas une épée mais une parole blessante : le drame se joue dans le langage, non dans l’action.« ta flèche empoisonnée », Camille, III, 6
- Le dénouement ne grandit personne : il laisse deux vivants qui se séparent et une morte sans héroïsme.« Insensés que nous sommes ! nous nous aimons », III, 8
Musset, qui écrivait un théâtre destiné à la lecture, n’a-t-il pas inventé un drame romantique de chambre, sans foule ni histoire ?