Un proverbe énonce une sagesse générale et close, que la fiction n’aurait qu’à vérifier par un exemple. Le sujet demande si la pièce se contente de cette fonction démonstrative ou si son dénouement déborde la leçon qu’elle semble illustrer.
La pièce vérifie-t-elle la sagesse contenue dans son titre, ou en révèle-t-elle l’insuffisance ?
Le plan en trois parties
Tout paraît fait pour illustrer la sentence
- Le chœur, comme une voix de sagesse populaire, encadre l’action et l’accompagne d’un commentaire moral.le chœur peignant messer Blazius « doucement bercé sur sa mule fringante », I, 1
- La docilité initiale de Rosette met en place la victime nécessaire à toute démonstration exemplaire.« Oui, monseigneur », Rosette à Perdican, I, 4
- Le billet de la fontaine enclenche la mécanique : une imprudence de langage suffit à tout déclencher, comme dans un apologue.« Trouvez-vous à midi à la petite fontaine », le billet, II, 5
Mais la pièce complique la leçon
- La maxime de Camille est elle-même un proverbe, et la pièce montre qu’appliquer une sagesse toute faite conduit au désastre.« L’amitié ni l’amour ne doivent recevoir que ce qu’ils peuvent rendre », Camille, I, 2
- Le réquisitoire sur la monnaie prouve que la prudence en amour est aussi destructrice que l’imprudence.« Est-ce donc une monnaie que votre amour ? », Camille, II, 5
- Camille revendique le mensonge comme une nécessité : le proverbe suppose une liberté que les personnages n’ont pas.« il nous faut souvent jouer un rôle, souvent mentir », Camille, III, 6
Une morale déplacée par le dénouement
- Perdican ne conclut pas sur le badinage mais sur l’orgueil : la pièce substitue une analyse à une sentence.« Orgueil, le plus fatal des conseillers humains », III, 8
- La seule vraie maxime de la pièce est celle de Rosette, qui sépare les mots des actes et n’a servi à personne.« Des mots sont des mots et des baisers sont des baisers », Rosette, II, 3
- Le monologue prouve que les personnages ne savent pas ce qu’ils font : un proverbe suppose un sujet averti, la pièce n’en offre aucun.« Je voudrais bien savoir si je suis amoureux », monologue, III, 1
Un proverbe mis au théâtre reste-t-il un proverbe, ou devient-il nécessairement la question que la pièce pose à son propre titre ?