Le libertinage suppose la séduction méthodique, le plaisir sans engagement et la disqualification des serments ; Perdican en emprunte les gestes sans en avoir le projet. Le sujet demande si la pièce s’achève sur une leçon morale contre cette conduite ou sur autre chose.
Musset fait-il le procès du libertin, ou celui d’un jeune homme qui joue à l’être ?
Le plan en trois parties
Des figures de libertins de comédie
- Le baron tient sur les femmes un discours de connaisseur qui parodie la science libertine : il en a le ton, non la pratique.« je connais ces êtres charmants et indéfinissables », le baron à Bridaine, I, 2
- Les grotesques rabattent tout désir sur l’appétit : leur sensualité comique désamorce d’avance toute élégance libertine.« un coup de vin, je veux dire un verre d’eau », Blazius, II, 4
- Le conseil de prendre un amant est la seule maxime proprement libertine de la pièce, et elle est prononcée par dépit.« — De prendre un amant », la stichomythie, II, 5
Perdican, libertin malgré lui
- Il emploie la technique du séducteur en promettant le mariage à une fille sans défense, mais son objet n’est pas le plaisir.« tu seras ma femme et nous prendrons racine », Perdican à Rosette, III, 3
- Camille le juge en termes de stratégie et de blessure, c’est-à-dire dans le vocabulaire même de la guerre amoureuse.« ta flèche empoisonnée », Camille, III, 6
- Le refus du corps opposé par Camille explique le détour : privé de toute réponse, Perdican se retourne vers une autre.« Je n’aime pas les attouchements », Camille, II, 1
Une condamnation déplacée : ce n’est pas le désir qui est jugé
- La tirade de l’acte II défend l’amour terrestre, avec ses fautes : la pièce ne condamne pas le désir mais sa manipulation.« Tous les hommes sont menteurs […] ; mais j’ai aimé », fin de l’acte II, sc. 5
- La profession de foi naturaliste du premier acte n’est jamais démentie : Musset ne fait pas le procès de la nature.« ces arbres et ces prairies enseignent […] l’oubli de ce qu’on sait », Perdican, I, 4
- Le dénouement ne punit pas le séducteur mais tue l’innocente : la sanction ne tombe pas là où une morale l’attendrait.« Elle est morte. Adieu, Perdican ! », explicit, III, 8
Musset n’a-t-il pas écrit, contre le libertinage du XVIIIe siècle, une pièce où la séduction n’est même plus un plaisir ?