La fontaine, le crucifix, la bague, le billet : la pièce confie à des objets et à des lieux une part de ce qui, ailleurs, serait dit. Le sujet demande quelle fonction dramatique revient à ces signes muets dans une œuvre construite sur les jeux de la parole.
Que disent, dans la pièce, les objets et les lieux que les répliques ne peuvent pas dire ?
Le plan en trois parties
Des lieux qui commandent l’action
- La fontaine est le lieu du reflet, donc de la vérité qu’on ne veut pas voir : le geste de la bague y prend tout son sens.la bague jetée dans l’eau, « notre image a disparu », III, 3
- L’image du verre d’eau changé en vin fait du plus humble objet le support d’une question sur le pouvoir des paroles consacrées.« s’il soufflait sur un verre d’eau et vous disait que c’est un verre de vin », Camille, II, 5
- La goutte de pluie sur la main est un objet minuscule qui dément un personnage entier.« voilà une goutte de pluie qui me tombe sur la main », Rosette, II, 3
Des objets qui disent ce que les mots refusent
- Les poupées évoquées par Camille figurent l’enfance qu’elle rejette : l’objet absent résume toute une histoire commune.« ni assez vieille pour aimer le passé », Camille, I, 3
- Les deux mains jointes que montre Perdican valent comme contrat visible : le geste remplace l’acte notarié.« Pourquoi nous marier ? voilà ta main et voilà la mienne », Perdican, II, 1
- La somme avancée par le baron est un chiffre qui parle à la place des sentiments : l’argent dit la vérité de l’alliance.« leur éducation me coûte six mille écus », le baron, I, 2
Quand les images cèdent, la parole redevient nue
- L’aveu de l’oratoire ne comporte plus aucune image : la simplicité de la phrase marque la fin du régime symbolique.« Je t’aime Camille, voilà tout ce que je sais », III, 6
- La perle jetée dans l’océan est la dernière grande métaphore de la pièce, et elle sert à dire une perte irréparable.« Insensés que nous sommes ! nous nous aimons », III, 8
- La tirade sur les nonnes montre au contraire à quoi servaient les images tant qu’on se battait : à rendre l’autre méconnaissable.« Sais-tu ce que c’est que des nonnes, malheureuse fille ? », Perdican, II, 5
Le théâtre n’a-t-il pas besoin de ces objets parce qu’il ne dispose, contrairement au roman, d’aucun narrateur pour dire l’intérieur des personnages ?