Le village, les prés et la fontaine forment un décor que Perdican oppose explicitement au cloître d’où revient Camille. Le sujet demande si cette opposition spatiale tient jusqu’au bout, ou si la nature, loin d’être un refuge, devient le lieu même du désastre.
La nature offre-t-elle, dans la pièce, une véritable alternative au monde clos du couvent ?
Le plan en trois parties
Un monde du château et du village, matériel et bavard
- Les grotesques appartiennent à ce monde par le ventre et la soif : leur comique inscrit la pièce dans une réalité toute physique.« un coup de vin, je veux dire un verre d’eau », Blazius, II, 4
- Le baron y règne par un discours vide et satisfait : la nature du château n’est pas l’innocence, c’est la sottise installée.« je connais ces êtres charmants et indéfinissables », le baron à Bridaine, I, 2
- Perdican fait des prairies une école supérieure aux livres : il donne à ce décor une valeur philosophique de contre-savoir.« ces arbres et ces prairies enseignent […] l’oubli de ce qu’on sait », Perdican, I, 4
Le couvent, un ailleurs qui gouverne par l’écrit et par les signes
- Le billet dicté à dame Pluche montre que Camille agit selon un protocole appris : l’écrit remplace la présence.« Vous écrivez un billet à un homme ? », dame Pluche, II, 1
- Le crucifix matérialise sur scène ce contre-monde : un objet suffit à opposer un fiancé absent à un vivant présent.« je veux aimer d’un amour éternel, et faire des serments qui ne se violent pas », Camille, II, 5
- La métaphore de la flèche montre que cette formation produit des armes : le couvent a appris à Camille où frapper.« ta flèche empoisonnée », Camille, III, 6
La nature n’est pas un refuge : elle est le théâtre du désastre
- La promesse de prendre racine emprunte au végétal une image de stabilité aussitôt démentie par les faits.« tu seras ma femme et nous prendrons racine », Perdican à Rosette, III, 3
- La tirade de l’acte II fait de la vie naturelle une expérience douloureuse, non un état d’innocence.« Tous les hommes sont menteurs […] ; mais j’ai aimé », fin de l’acte II, sc. 5
- C’est dans l’oratoire, entre les deux mondes, que tombe la nouvelle de la mort : aucun des deux espaces n’a protégé personne.« Elle est morte. Adieu, Perdican ! », explicit, III, 8
La nature romantique est-elle jamais autre chose qu’un décor où les personnages projettent ce qu’ils voudraient être ?