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Ce cours de spécialité SES en terminale sur « Quels sont les caractéristiques contemporaines et les facteurs de la mobilité sociale ? » suit le programme officiel de spécialité SES de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Définir la mobilité sociale et distinguer ses formes, Mesurer : les tables de mobilité, leurs intérêts et leurs limites, Mobilité observée, mobilité structurelle et fluidité sociale, Les caractéristiques contemporaines de la mobilité sociale en France. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité SES.
2 sujets de dissertation traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.
Tombés au bac sur cette question
Les sujets réels des sessions précédentes : les deux premiers sont corrigés ci-dessous.
- 2021 · Métropole — Quels sont les facteurs explicatifs de la mobilité sociale ? voir le sujet complet →
- 2023 · Centres étrangers — L'évolution de la structure socioprofessionnelle suffit-elle à expliquer la mobilité sociale ? voir le sujet complet →
- 2026 · Asie — Les ressources et configurations familiales suffisent-elles à expliquer la mobilité sociale ? voir le sujet complet →
- 2025 · Amérique du Nord — Comment expliquer la mobilité sociale dans la société française contemporaine ? voir le sujet complet →
Sujet 1 — Quels sont les facteurs explicatifs de la mobilité sociale ?
Analyse des termes — La mobilité sociale est ici la mobilité intergénérationnelle, c'est-à-dire l'écart entre la position d'un individu et celle de ses parents, mesurée en France par les tables de l'INSEE depuis 1964 ; les « facteurs explicatifs » sont les causes qui rendent compte de son ampleur et de ses limites. Le sujet attend les trois facteurs du programme — structure socioprofessionnelle, niveau de formation, ressources et configurations familiales — et surtout leur articulation.
Problématique — Comment la transformation des emplois, le diplôme et la famille se combinent-ils pour expliquer à la fois l'importance de la mobilité observée et la persistance d'une forte inégalité des chances ?
Introduction rédigéeSelon l'OCDE (L'ascenseur social en panne ?, 2018), il faudrait en France environ six générations pour que les descendants d'une famille modeste atteignent le revenu moyen, contre 4,5 en moyenne dans les pays de l'OCDE. Pourtant, d'après l'enquête Formation et qualification professionnelle de l'INSEE (2014-2015), environ deux hommes de 35 à 59 ans sur trois occupent une autre catégorie socioprofessionnelle que leur père. La mobilité sociale, entendue ici comme le changement de position sociale d'un individu par rapport à ses parents, est donc à la fois fréquente et limitée. Ses facteurs explicatifs sont les causes qui rendent compte de ces mouvements comme de leurs bornes. On se demandera comment la transformation des emplois, le diplôme et la famille se combinent pour expliquer à la fois l'importance de la mobilité observée et la persistance d'une forte inégalité des chances. Nous verrons d'abord que l'évolution de la structure socioprofessionnelle est le moteur principal de la mobilité observée (I), puis que le niveau de formation en est le canal majeur, d'efficacité pourtant relative (II), enfin que les ressources et configurations familiales expliquent l'inégalité des chances qui subsiste (III).
I. L'évolution de la structure socioprofessionnelle, moteur principal de la mobilité observée
- La tertiarisation et la hausse des qualifications créent des positions supérieures que les seuls enfants de cadres ne peuvent occuper : un « appel d'air » ascendant.Part des cadres dans l'emploi : environ 8 % en 1982, environ 22 % en 2022 (INSEE, enquêtes Emploi, valeurs arrondies).
- Le recul des agriculteurs et des ouvriers oblige une partie des enfants à quitter la catégorie de leur père : c'est la mobilité structurelle, mesurée par l'écart entre les marges.Agriculteurs : environ 7 % de l'emploi en 1982, 1,5 % en 2022 ; dans une table simplifiée d'après FQP 2014-2015, la mobilité structurelle représente 23 % des individus pour une mobilité observée de 64 %.
- La féminisation et la salarisation de l'emploi expliquent la forte progression de la mobilité des filles par rapport à leur mère.INSEE (2019) : la mobilité des femmes par rapport à leur mère a nettement progressé entre les enquêtes FQP de 1977 et de 2014-2015.
II. Le niveau de formation, canal principal d'accès aux positions, mais d'effet relatif
- Le diplôme est le principal intermédiaire entre l'origine et la position atteinte (modèle de l'acquisition du statut).Blau et Duncan, The American Occupational Structure, 1967.
- La massification scolaire a permis des ascensions, souvent de courte distance, pour les enfants de milieux populaires.Part de bacheliers dans une génération : environ 20 % au début des années 1970, près de 80 % au début des années 2020 ; dans la table simplifiée, près d'un quart des fils d'ouvriers deviennent professions intermédiaires.
- Mais la valeur d'un diplôme dépend du nombre de diplômés et des places disponibles : plus diplômé ne veut pas dire mieux placé.Paradoxe d'Anderson (1961) ; modèle de Boudon, L'Inégalité des chances (1973) ; montée du déclassement chez les générations des années 1960 (Peugny, 2009).
III. Les ressources et configurations familiales, qui expliquent l'inégalité des chances
- Les capitaux économique, culturel et social transmis par la famille favorisent l'obtention et la valorisation des diplômes.Bourdieu et Passeron, Les Héritiers (1964) ; dans la table simplifiée, 50 % des fils de cadres sont cadres contre 12 % des fils d'ouvriers, soit un odds ratio d'environ 17.
- Les familles font des choix d'orientation différents selon leur position, car coûts et risques n'ont pas le même poids.Raymond Boudon (1973) : calcul coûts-avantages différencié selon la position sociale ; rôle des liens faibles dans l'accès à l'emploi (Granovetter, 1973).
- Les configurations familiales (fratrie, rôle de la mère, trajectoire des parents) expliquent les exceptions statistiques et les parcours de transclasses.Bernard Lahire, Tableaux de familles (1995) ; Chantal Jaquet, Les Transclasses (2014).
Conclusion rédigéeLa mobilité sociale s'explique d'abord par la transformation des emplois, qui a créé depuis les années 1960 un appel d'air vers les positions qualifiées ; elle passe ensuite par le diplôme, principal canal d'accès à ces positions mais dont la valeur est relative ; elle est enfin filtrée par les ressources et les configurations familiales, qui expliquent pourquoi un fils de cadre garde un net avantage sur un fils d'ouvrier. Ces trois facteurs ne s'additionnent pas : la structure fixe le nombre de places, le diplôme sert de filtre, la famille pèse sur l'obtention et le rendement du diplôme. Si la création d'emplois qualifiés ralentit, le poids relatif de l'héritage familial augmente. Reste à savoir quelles politiques publiques — bourses, éducation prioritaire, fiscalité des successions — pourraient améliorer la fluidité sociale, question qui rejoint le débat sur la justice sociale.
Le piège — Juxtaposer trois facteurs sans les articuler, ou transformer la copie en dissertation sur l'école : le diplôme n'est qu'un des trois facteurs, et il faut distinguer ce qui explique la quantité de mobilité (la structure) de ce qui explique l'inégalité des chances (formation et famille).
Sujet 2 — L'évolution de la structure socioprofessionnelle suffit-elle à expliquer la mobilité sociale ?
Analyse des termes — La structure socioprofessionnelle est la répartition de la population active entre les PCS ; son évolution (recul des agriculteurs et des ouvriers, hausse des cadres et des professions intermédiaires) modifie les places disponibles d'une génération à l'autre. « Suffit-elle » invite à reconnaître son rôle, puis à en montrer les limites en mobilisant les autres facteurs, dans la France contemporaine.
Problématique — Si la transformation des emplois explique une large part des mouvements entre générations, peut-elle rendre compte de la manière dont ces places sont inégalement attribuées selon l'origine sociale ?
Introduction rédigéeEntre 1982 et 2022, la part des cadres dans l'emploi a été multipliée par près de trois (d'environ 8 % à environ 22 %, selon les enquêtes Emploi de l'INSEE), tandis que celle des ouvriers reculait d'environ un tiers à moins d'un cinquième. Un tel bouleversement ne peut pas laisser les enfants à la place de leurs parents. La structure socioprofessionnelle, c'est-à-dire la répartition de la population active entre les catégories socioprofessionnelles, détermine le nombre de places disponibles à chaque génération ; la mobilité sociale désigne ici le changement de position d'un individu par rapport à ses parents. Si la transformation des emplois explique une large part des mouvements entre générations, peut-elle rendre compte de la manière dont ces places sont inégalement attribuées selon l'origine sociale ? Nous montrerons d'abord que la transformation des emplois explique une part essentielle de la mobilité observée (I), puis que la structure ne dit pas qui occupe les places, si bien que l'inégalité des chances demeure (II), enfin que la formation et les ressources familiales interagissent avec la structure pour expliquer la mobilité (III).
I. La transformation des emplois explique une part essentielle de la mobilité observée
- La déformation des marges des tables impose une mobilité structurelle, mesurée par la demi-somme des écarts entre marges.Table simplifiée d'après FQP 2014-2015 : 23 % de mobilité structurelle pour 64 % de mobilité observée ; Thélot, Tel père, tel fils ? (1982).
- La hausse des emplois qualifiés crée un appel d'air qui rend la mobilité majoritairement ascendante.Part des cadres dans l'emploi multipliée par 2,75 entre 1982 et 2022 (environ 8 % puis 22 %, INSEE).
- Le recul de l'agriculture et de l'industrie pousse les enfants d'agriculteurs et d'ouvriers hors de la catégorie de leur père.Agriculteurs : environ 7 % de l'emploi en 1982, 1,5 % en 2022 ; dans la table simplifiée, 75 % des fils d'agriculteurs ne sont pas agriculteurs.
II. Mais la structure ne dit pas qui occupe les places : l'inégalité des chances demeure
- La fluidité sociale, mesurée à structure donnée, reste faible : l'origine continue de peser.Odds ratio d'environ 17 entre fils de cadres et fils d'ouvriers dans la table simplifiée d'après FQP 2014-2015.
- La fluidité évolue peu, même quand la mobilité observée progresse.Hypothèse de Featherman, Jones et Hauser (1975) ; Erikson et Goldthorpe, The Constant Flux (1992) ; hausse lente en France entre 1953 et 1993 (Vallet, 1999).
- Le diplôme filtre l'accès aux positions créées par la structure, et son obtention dépend de l'origine.Blau et Duncan (1967) ; Bourdieu et Passeron, Les Héritiers (1964).
III. Formation et ressources familiales interagissent avec la structure pour expliquer la mobilité
- Quand les diplômés se multiplient plus vite que les places qualifiées, le diplôme ne garantit plus l'ascension.Paradoxe d'Anderson (1961) ; Boudon, L'Inégalité des chances (1973).
- Les capitaux familiaux et les stratégies des familles décident de qui profite de l'appel d'air et de qui subit le déclassement.Capital économique, culturel et social (Bourdieu, La Distinction, 1979) ; montée du déclassement pour les générations nées dans les années 1960 (Peugny, 2009).
- Les configurations familiales expliquent les trajectoires atypiques, que la structure ne peut pas prévoir.Lahire, Tableaux de familles (1995) ; Jaquet, Les Transclasses (2014).
Conclusion rédigéeL'évolution de la structure socioprofessionnelle est une condition nécessaire de la mobilité sociale : elle explique qu'environ un tiers de la mobilité observée soit imposée par les marges et que cette mobilité soit surtout ascendante. Elle n'est pas suffisante : elle ne dit pas qui accède aux places créées, et la fluidité sociale progresse bien plus lentement que la mobilité observée. Le diplôme et les ressources familiales décident de la répartition des chances, d'autant plus que l'appel d'air s'essouffle depuis les années 1990. La question devient alors celle de la mobilité des générations futures : si la création d'emplois qualifiés ralentit, la société française peut-elle rester mobile sans action publique sur l'égalité des chances ?
Le piège — Répondre « non » dès la première ligne en oubliant de mesurer le rôle réel de la structure, ou confondre évolution de la structure et « mobilité subie » : il faut chiffrer la mobilité structurelle, puis montrer que la fluidité en est indépendante.
Épreuve composée — traitée en entier
Partie 1 — Mobilisation des connaissances (4 points)
Comment distingue-t-on la mobilité observée de la fluidité sociale ?
Corrigé rédigéLa mobilité observée (ou brute) est la part des individus dont la position sociale diffère de celle de leur parent. Elle se lit dans une table de mobilité : c'est la proportion d'individus situés hors de la diagonale. D'après l'enquête FQP 2014-2015 de l'INSEE, environ deux hommes de 35 à 59 ans sur trois ont ainsi changé de catégorie par rapport à leur père.
Cette mobilité dépend en grande partie de la transformation de la structure des emplois : quand les postes de cadres se multiplient et que ceux d'agriculteurs disparaissent, beaucoup d'individus changent nécessairement de position (mobilité structurelle), sans que les chances soient plus égales.
La fluidité sociale mesure au contraire l'égalité des chances, indépendamment de la structure. On compare les chances relatives d'enfants d'origines différentes d'accéder à une position plutôt qu'à une autre (odds ratio). Si un fils de cadre a par exemple 17 fois plus de chances qu'un fils d'ouvrier d'être cadre plutôt qu'ouvrier, la société est peu fluide ; elle serait parfaitement fluide avec un rapport de 1. Les travaux d'Erikson et Goldthorpe (1992) montrent que la mobilité observée peut augmenter sans que la fluidité progresse beaucoup.
Partie 2 — Étude d’un document (6 points)
Table de recrutement simplifiée construite pour l'exercice : effectifs arrondis ramenés à 10 000 hommes de 35 à 59 ans, d'après les ordres de grandeur de l'enquête Formation et qualification professionnelle (FQP) 2014-2015 de l'INSEE, résultats publiés en 2019.
| PCS du père ↓ / PCS du fils → (en %) | Agriculteurs | Cadres | Prof. intermédiaires | Ouvriers | Ensemble |
|---|
| Agriculteurs | 83,3 | 4,8 | 7,1 | 9,7 | 10 |
| Artisans, commerçants, chefs d'ent. | 3,3 | 12,4 | 11,7 | 8,1 | 12 |
| Cadres | 1,7 | 26,2 | 10,8 | 3,8 | 11 |
| Prof. intermédiaires | 1,7 | 23,3 | 14,2 | 7,2 | 13 |
| Employés | 1,7 | 7,6 | 10,0 | 8,8 | 9 |
| Ouvriers | 8,3 | 25,7 | 46,3 | 62,5 | 45 |
| Total | 100 | 100 | 100 | 100 | 100 |
Lecture : sur 100 cadres de 35 à 59 ans, 26,2 ont un père cadre. Certaines colonnes font 100,1 en raison des arrondis.
1. À l'aide des données du document, vous comparerez l'origine sociale des cadres et celle des ouvriers.
2. À l'aide des données du document, vous montrerez que la forte part de fils d'ouvriers parmi les cadres ne signifie pas une égalité des chances.
Corrigé rédigé1. D'après ce tableau construit sur les ordres de grandeur de l'enquête FQP 2014-2015 de l'INSEE, les ouvriers ont un recrutement très homogène : 62,5 % d'entre eux sont fils d'ouvriers, et seuls 3,8 % sont fils de cadres. Les cadres ont un recrutement beaucoup plus diversifié : 26,2 % sont fils de cadres, 25,7 % fils d'ouvriers, 23,3 % fils de professions intermédiaires et 12,4 % fils d'artisans, commerçants ou chefs d'entreprise. Aucune origine n'y est majoritaire, alors que l'autorecrutement ouvrier est de 62,5 % (et même de 83,3 % chez les agriculteurs).
2. Environ un quart des cadres (25,7 %) sont fils d'ouvriers, presque autant que de fils de cadres (26,2 %). Mais il faut rapporter ces chiffres au poids de chaque origine dans la génération des pères (colonne « Ensemble ») : les fils d'ouvriers représentent 45 % des fils, contre 11 % pour les fils de cadres. Les fils de cadres sont donc 26,2 / 11 ≈ 2,4 fois plus présents parmi les cadres que dans l'ensemble de la population, alors que les fils d'ouvriers y sont 25,7 / 45 ≈ 0,57 fois moins présents, soit une sous-représentation de 43 %. La forte part des fils d'ouvriers parmi les cadres tient à leur nombre (effet de structure), non à des chances égales : la table de recrutement dépend de la taille des groupes d'origine, et seule une comparaison des chances relatives mesure l'égalité des chances.
Partie 3 — Raisonnement s’appuyant sur un dossier documentaire (10 points)
À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les ressources familiales influencent la mobilité sociale.
Tableau simplifié construit pour l'exercice d'après les ordres de grandeur de l'enquête Formation et qualification professionnelle (FQP) 2014-2015 de l'INSEE, résultats publiés en 2019
| Destinée des hommes de 35 à 59 ans (en %) | Cadres | Prof. intermédiaires | Ouvriers |
|---|
| Fils de cadres | 50,0 | 23,6 | 10,9 |
| Fils de professions intermédiaires | 37,7 | 26,2 | 17,7 |
| Fils d'ouvriers | 12,0 | 24,7 | 44,4 |
| Ensemble des fils | 21 | 24 | 32 |
Résumé d'après Bernard Lahire, Tableaux de familles. Heurs et malheurs scolaires en milieux populaires, Gallimard / Seuil, coll. « Hautes études », 1995
Bernard Lahire a enquêté auprès de familles populaires d'enfants de CE2 aux résultats scolaires contrastés. Il montre que des familles aux ressources économiques et culturelles proches produisent des trajectoires scolaires très différentes. Ce qui compte n'est pas seulement le capital culturel possédé, mais les conditions de sa transmission : présence d'un aîné qui a fait des études, mère qui suit le travail scolaire, organisation régulière du temps domestique, place donnée à l'écrit (listes, calendriers, lectures). À l'inverse, un capital culturel existant peut ne pas se transmettre si les adultes sont peu disponibles. L'auteur explique ainsi des réussites que les seules moyennes statistiques ne laissaient pas prévoir.
Corrigé rédigéIntroduction. Les ressources familiales désignent les capitaux économique, culturel et social que possèdent les parents, ainsi que la manière dont la famille les mobilise ; la mobilité sociale est le changement de position d'un individu par rapport à ses parents. On montrera que ces ressources pèsent sur la position atteinte par trois canaux.
1. Les ressources familiales créent une forte inégalité des destinées. Affirmation : l'origine sociale reste fortement liée à la position atteinte. Explication : les familles aisées transmettent des revenus et un patrimoine qui financent des études longues et protègent du déclassement ; elles transmettent aussi un réseau de relations (capital social) utile pour l'accès à l'emploi, comme l'a montré Granovetter (1973). Illustration : d'après le document 1 (ordres de grandeur de l'enquête FQP 2014-2015), 50 % des fils de cadres sont cadres, contre 12 % des fils d'ouvriers, soit environ 4 fois plus ; inversement, 44,4 % des fils d'ouvriers sont ouvriers contre 10,9 % des fils de cadres.
2. Le capital culturel agit à travers la formation. Affirmation : la famille pèse sur la mobilité par l'intermédiaire du diplôme. Explication : selon Bourdieu et Passeron (Les Héritiers, 1964), les enfants dotés d'un capital culturel proche de la culture scolaire réussissent mieux et s'orientent vers les filières les plus rentables ; selon Boudon (1973), les familles évaluent différemment les coûts et les risques des études selon leur position, ce qui creuse les écarts d'orientation. Illustration : dans le document 1, les fils de professions intermédiaires, souvent dotés d'un capital scolaire moyen, deviennent cadres dans 37,7 % des cas, soit une position intermédiaire entre fils de cadres (50 %) et fils d'ouvriers (12 %) : la destinée suit la hiérarchie des ressources culturelles.
3. Les configurations familiales expliquent la diversité des trajectoires. Affirmation : à ressources égales, la façon dont la famille est organisée modifie les chances de mobilité. Explication : taille de la fratrie, disponibilité des parents, rôle de la mère, présence d'un aîné diplômé conditionnent la transmission effective des ressources. Illustration : le document 2 résume l'enquête de Bernard Lahire (1995), qui explique des réussites scolaires inattendues en milieu populaire par un aîné qui accompagne, une mère attentive au travail scolaire et un rapport ordonné à l'écrit. Ces configurations aident à comprendre pourquoi 12 % des fils d'ouvriers deviennent tout de même cadres (document 1).
Conclusion. Les ressources familiales influencent la mobilité en creusant les écarts de destinée, en conditionnant l'accès aux diplômes et, par leurs configurations, en ouvrant des trajectoires atypiques ; elles expliquent l'inégalité des chances que la seule transformation des emplois ne peut pas rendre compte.