À propos de cette page
Ce cours de spécialité ses en terminale sur « Comment expliquer la mobilité sociale ? » suit le programme officiel de spécialité ses de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : La mobilité sociale : définitions et enjeux, Les outils de mesure de la mobilité sociale, Mobilité observée et fluidité sociale, Les déterminants de la mobilité sociale. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité ses.
Au programme
1 · La mobilité sociale : définitions et enjeux
2 · Les outils de mesure de la mobilité sociale
3 · Mobilité observée et fluidité sociale
4 · Les déterminants de la mobilité sociale
5 · Le rôle du capital selon Bourdieu
6 · L'école : facteur de mobilité ou de reproduction ?
7 · Les nouvelles formes de mobilité et mutations de la stratification
1La mobilité sociale : définitions et enjeux
La mobilité sociale désigne le déplacement d'un individu dans la hiérarchie sociale, c'est-à-dire le changement de position sociale qu'il peut connaître.
Définition. La mobilité intergénérationnelle est le changement de position sociale d'un individu par rapport à ses parents (généralement père/fils ou père/fille). La mobilité intragénérationnelle (ou mobilité de carrière) est le changement de position sociale d'un individu au cours de sa propre vie active.
On distingue également :
- La mobilité verticale : déplacement vers le haut (promotion sociale) ou vers le bas (déclassement social).
- La mobilité horizontale : changement de position sans modification du rang social (ex. : changer de métier sans changer de statut).
À retenir. Le déclassement social est une forme de mobilité sociale descendante : un individu occupe une position sociale inférieure à celle de ses parents. Il peut être ressenti comme une forme d'échec et source d'anomie.
La mobilité sociale soulève des enjeux fondamentaux pour la société : elle mesure le degré d'ouverture de la société, c'est-à-dire dans quelle mesure les positions sociales ne sont pas prédéterminées par la naissance.
2Les outils de mesure de la mobilité sociale
Le principal outil de mesure est la table de mobilité (aussi appelée table de destinée ou table de recrutement selon la lecture). Elle croise la PCS (Profession et Catégorie Socioprofessionnelle) du père avec celle du fils (ou de la fille) adulte.
Table de destinée. Elle se lit en ligne : pour 100 fils de cadres, combien sont eux-mêmes cadres, ouvriers, etc. ? Elle mesure la reproduction sociale ou la mobilité sociale observée.
Table de recrutement. Elle se lit en colonne : parmi 100 cadres actuels, combien ont un père cadre, un père ouvrier, etc. ? Elle mesure le recrutement social d'une catégorie.
| PCS père / PCS fils | Cadre | Profession intermédiaire | Ouvrier |
|---|
| Cadre | 42 % | 28 % | 7 % |
| Profession intermédiaire | 22 % | 33 % | 15 % |
| Ouvrier | 9 % | 22 % | 40 % |
(Données illustratives, inspirées de l'enquête FQP INSEE)
Attention ! La table de mobilité mesure la mobilité brute (ou mobilité observée), qui inclut à la fois les effets de structure (transformation de la structure des emplois) et la fluidité sociale. Il ne faut pas confondre les deux.
Exemple. Si la part des cadres dans la population active augmente, même une société parfaitement rigide verrait des fils d'ouvriers devenir cadres : c'est l'effet de structure, et non une hausse de la fluidité sociale.
3Mobilité observée et fluidité sociale
Pour isoler la fluidité sociale (part de la mobilité qui ne s'explique pas par l'évolution de la structure socioprofessionnelle), on utilise les odds ratios (ou rapports des cotes).
Odds ratio (rapport des cotes). L'odds ratio compare les chances relatives d'un fils de cadre et d'un fils d'ouvrier d'accéder à une position de cadre plutôt que d'ouvrier. Un odds ratio = 1 signifie une fluidité parfaite ; plus il est élevé, plus la société est fermée.
En France, les enquêtes Formation-Qualification-Emploi (FQP) de l'INSEE permettent de mesurer la mobilité sociale. Les résultats montrent :
- Une mobilité brute significative : environ 2/3 des individus changent de PCS par rapport à leur père.
- Mais une fluidité sociale quasi-stable depuis les années 1970 : les odds ratios restent élevés.
Caption : Légère hausse de la mobilité brute depuis 40 ans, tirée par les effets de structure.
Interprétation. En France, la mobilité sociale brute est réelle mais la reproduction sociale reste forte : un fils de cadre a environ 5 à 8 fois plus de chances de devenir cadre qu'un fils d'ouvrier (selon les études).
4Les déterminants de la mobilité sociale
Plusieurs facteurs expliquent les trajectoires sociales :
- La famille : transmission de capital économique, culturel et social (Bourdieu).
- L'école : principal vecteur de mobilité sociale dans les sociétés méritocratiques modernes.
- Le réseau social : les relations permettent l'accès à l'information et aux opportunités d'emploi (Granovetter : force des liens faibles).
- Le marché du travail : évolution de la structure des emplois (tertiarisation, montée des qualifications).
- Le genre : les femmes connaissent des trajectoires différentes des hommes, notamment en raison des inégalités salariales et des interruptions de carrière.
Exemple. L'expansion scolaire des années 1960-1980 a permis à de nombreux enfants d'ouvriers d'accéder à l'enseignement supérieur, favorisant une mobilité ascendante. Mais ce phénomène s'est accompagné d'une dévaluation des diplômes (Raymond Boudon).
Attention ! Raymond Boudon distingue deux effets dans les inégalités scolaires : l'effet primaire (différences de performance liées au milieu social) et l'effet secondaire (différences de choix d'orientation liées au calcul coût/bénéfice des familles). Les deux contribuent à la reproduction des inégalités.
5Le rôle du capital selon Bourdieu
Pierre Bourdieu est le sociologue français qui a le plus systématiquement analysé les mécanismes de reproduction sociale. Il distingue trois formes de capital :
Capital économique. Ensemble des ressources économiques d'un individu (revenus, patrimoine). Il peut être directement converti en argent et institutionnalisé sous la forme de droits de propriété.
Capital culturel. Il se présente sous trois formes : incorporé (dispositions durables de l'esprit et du corps), objectivé (biens culturels : livres, tableaux) et institutionnalisé (diplômes). La possession de capital culturel facilite la réussite scolaire.
Capital social. Ensemble des ressources actuelles ou potentielles liées à la possession d'un réseau durable de relations (famille, amis, collègues). Il amplifie l'efficacité des autres formes de capital.
Caption : Les quatre formes de capital selon Bourdieu, convertibles les unes dans les autres.
À ces trois formes s'ajoute le capital symbolique : la reconnaissance, le prestige accordé par les autres. Bourdieu montre que ces formes de capital se convertissent les unes dans les autres et que leur possession cumulée détermine la position sociale et la trajectoire.
Concept clé : l'habitus. L'habitus désigne l'ensemble des dispositions durables (manières d'être, de penser, de percevoir) intériorisées par les individus en fonction de leur position sociale. Il oriente les pratiques sociales et contribue à la reproduction de la structure sociale.
6L'école : facteur de mobilité ou de reproduction ?
L'école occupe une place centrale dans le débat sur la mobilité sociale. Elle est à la fois :
- Un facteur de mobilité : en théorie, elle permet à chacun, quel que soit son milieu, d'accéder aux positions sociales élevées grâce au mérite (idéal méritocratique).
- Un facteur de reproduction : en pratique, elle tend à reproduire les inégalités sociales d'origine.
Bourdieu et Passeron (1964, « Les Héritiers »). Ils montrent que le système scolaire favorise les élèves issus des classes supérieures en valorisant un capital culturel que ces élèves ont acquis en famille (maîtrise de la langue légitime, références culturelles). La violence symbolique conduit les élèves défavorisés à intérioriser leur échec comme naturel.
Raymond Boudon (1973, « L'Inégalité des chances »). Il insiste sur les stratégies d'orientation des familles : les familles ouvrières font des choix plus « courts » (filières professionnelles) car le coût perçu des études longues est plus élevé et le bénéfice attendu moindre. C'est l'effet secondaire des inégalités scolaires.
Attention ! Bourdieu et Boudon offrent des explications complémentaires, pas opposées : Bourdieu insiste sur les déterminismes culturels, Boudon sur les stratégies rationnelles des acteurs. Le programme vous demande de maîtriser ces deux approches.
Paradoxe d'Anderson. Même avec un diplôme plus élevé que celui de son père, un individu peut se retrouver dans une position sociale équivalente ou inférieure si les diplômes ont été généralisés. C'est le phénomène de dévaluation des diplômes (ou inflation scolaire).
7Les nouvelles formes de mobilité et mutations de la stratification
La société contemporaine connaît des mutations qui complexifient la lecture de la mobilité sociale :
- La féminisation des trajectoires : l'accès massif des femmes au marché du travail et aux diplômes modifie les tables de mobilité (qui croisaient traditionnellement pères et fils). Les tables incluent désormais les mères et les filles.
- Le déclassement subjectif : sentiment de déclassement même sans mobilité descendante objective, lié à des aspirations croissantes.
- Les mobilités non linéaires : alternance de mobilité ascendante et descendante au cours de la vie.
Camille Peugny (2009, « Le Déclassement »). Il montre qu'une part croissante des Français occupe une position sociale inférieure à celle de leur père, contredisant l'idée d'une mobilité toujours ascendante. Ce phénomène touche davantage les jeunes générations.
Caption : Recrutement social des cadres en France (données illustratives FQP INSEE) : forte sur-représentation des fils de cadres.
Bilan. La mobilité sociale en France est réelle (effet de structure lié à la tertiarisation) mais la fluidité sociale est faible : les déterminants familiaux et scolaires perpétuent les inégalités. L'école, malgré sa vocation méritocratique, reste un lieu de reproduction sociale.
★À retenir
En bref :
• La mobilité sociale est le changement de position dans la hiérarchie sociale (inter ou intragénérationnelle).
• On la mesure grâce aux tables de mobilité (destinée / recrutement) et aux odds ratios.
• La mobilité brute augmente en France, mais la fluidité sociale reste stable.
• Bourdieu : reproduction via le capital culturel, économique, social et l'habitus.
• Boudon : effets primaires et secondaires des inégalités scolaires (stratégies d'orientation).
• L'école est à la fois vecteur de mérite et de reproduction sociale (violence symbolique).
• Le déclassement touche une part croissante des jeunes générations (Peugny).