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Méthode de l'étude critique de document(s) en HGGSP

Présenter, confronter et critiquer un ou deux documents à partir de la consigne, sans paraphrase (spécialité HGGSP, bac)

À propos de cette page
Ce cours d' en terminale sur « Méthode de l'étude critique de document(s) en HGGSP » suit le programme officiel d' de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Lire le sujet : titre, consigne, documents, Présenter et contextualiser le(s) document(s), Exploiter le document au brouillon et problématiser, Construire un plan qui répond à la consigne. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en .

2 sujets traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.

Sujet 1 — Étude critique de document. Document : Jacques Chirac, président de la République, discours prononcé lors de la commémoration de la rafle du Vélodrome d'Hiver, Paris, 16 juillet 1995 (extraits, dont : « Ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français. » et « La France, patrie des Lumières et des Droits de l'homme, terre d'accueil et d'asile, la France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. »). Consigne : en analysant ce discours, montrez qu'il marque un tournant dans la mémoire officielle de la persécution des Juifs de France, et discutez sa portée.

Analyse des termes — Au brouillon, on encadre « tournant » (il faut un avant et un après), « mémoire officielle » (celle que porte l'État, distincte de l'histoire et des mémoires des groupes) et « portée » (les effets du discours après 1995). Bornes : 1942 pour l'événement commémoré, 1944 pour la position officielle d'après-guerre, 1995 pour le discours, et ses prolongements jusqu'aux années 2010 ; le tableau de prélèvement fait apparaître deux mots décisifs, « l'État français » et « la France ».

Problématique — En quoi le discours du 16 juillet 1995 fait-il passer la mémoire officielle de la persécution des Juifs de France du refus à la reconnaissance, et quelles en sont la portée et les limites ?

Introduction rédigéeLe 16 juillet 1942, à l'aube, plus de 13 000 Juifs, dont plus de 4 000 enfants, sont arrêtés à Paris et en banlieue par la police française ; une partie d'entre eux est enfermée au Vélodrome d'Hiver avant d'être déportée, pour l'essentiel vers Auschwitz. Cinquante-trois ans plus tard, le 16 juillet 1995, Jacques Chirac, élu président de la République deux mois plus tôt, prononce lors de la commémoration de cette rafle un discours dont sont extraits les passages étudiés. Il s'adresse aux survivants et à leurs familles, mais aussi à l'ensemble de la nation, puisqu'il parle au nom de l'État. Or, depuis la Libération, la mémoire officielle tenait le régime de Vichy pour une parenthèse illégitime dont la République n'avait pas à répondre. En quoi ce discours fait-il passer la mémoire officielle du refus à la reconnaissance, et quelles en sont la portée et les limites ? Nous verrons qu'il nomme la complicité de l'État français, qu'il rompt ainsi avec la position tenue depuis 1944, puis nous mesurerons ses effets et les débats qu'il continue de susciter.

I. Un discours de reconnaissance : nommer la complicité de l'État français

  • Chirac nomme les faits et leurs responsables : l'occupant, mais aussi des Français et leur État.« secondée par des Français, par l'État français » ; les 16 et 17 juillet 1942, plus de 13 000 Juifs, dont plus de 4 000 enfants, sont arrêtés par la police française à Paris et en banlieue.
  • Il oppose la France des Lumières à celle de 1942 pour mesurer la faute.« patrie des Lumières et des Droits de l'homme » / « accomplissait l'irréparable » ; la France avait été le premier pays d'Europe à émanciper les Juifs, le 27 septembre 1791.
  • Il parle au nom de l'État, aux victimes et à la nation.Discours prononcé sur les lieux de la commémoration, deux mois après son élection (mai 1995), lors de la journée nationale instituée par le décret du 3 février 1993.

II. Un tournant : rompre avec la mémoire officielle d'après-guerre

  • Depuis la Libération, l'État tient Vichy pour une parenthèse illégitime dont la République n'a pas à répondre.Ordonnance du 9 août 1944 : la République « n'a pas cessé d'exister » en droit ; les actes de Vichy sont déclarés nuls.
  • Historiens, militants et cinéastes ont préparé le changement de regard.Robert Paxton, La France de Vichy (1973 en français) ; Serge Klarsfeld, Vichy-Auschwitz (1983) ; Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophuls (1969), diffusé à la télévision seulement en 1981.
  • La justice et le politique avancent par étapes avant 1995.En 1992, François Mitterrand refuse de reconnaître la responsabilité de la République, mais crée la journée nationale en 1993 ; Paul Touvier est condamné en 1994 pour complicité de crime contre l'humanité.

III. La portée du discours : une reconnaissance féconde et débattue

  • Le discours ouvre la voie à des réparations et à des décisions de justice.Mission Mattéoli sur la spoliation des Juifs (1997-2000) ; Fondation pour la mémoire de la Shoah (2000) ; le Conseil d'État reconnaît la responsabilité de l'État (arrêt Papon, 2002 ; avis de 2009).
  • La reconnaissance est confirmée et étendue par ses successeurs.Emmanuel Macron, 16 juillet 2017 ; François Hollande reconnaît en 2016, à Montreuil-Bellay, la responsabilité de l'État dans l'internement des « nomades », dont les Tsiganes.
  • Le débat reste ouvert, et le discours reste un acte de mémoire, non un travail d'historien.Une partie de la classe politique conteste que « la France » soit responsable, comme le montre la controverse d'avril 2017 ; le discours choisit ses mots (« l'État français », « la France ») plus qu'il n'établit les faits.
Conclusion rédigéeLe discours du 16 juillet 1995 fait entrer dans la parole de l'État ce que les historiens établissaient depuis les années 1970 : le régime de Vichy a prêté son administration et sa police à la déportation des Juifs. En nommant cette responsabilité, Jacques Chirac rompt avec la lecture d'une République restée intacte, et ouvre la voie à des réparations, à des décisions de justice et à de nouvelles reconnaissances. Mais c'est un acte de mémoire, qui choisit ses mots et reste discuté. On peut le rapprocher d'autres gestes de l'État envers son passé, comme la reconnaissance en 2016 de l'internement des « nomades », ou des débats sur les mémoires de la guerre d'Algérie, qui montrent que la mémoire officielle ne cesse d'être réécrite.

Le piège — La moitié des copies récitent un cours sur la Shoah sans exploiter le discours, ou le traitent comme un texte d'historien : c'est un acte de mémoire, prononcé en 1995 par un président, et c'est ce statut qu'il faut analyser et critiquer.

Sujet 2 — Étude critique de document. Document : Carl von Clausewitz, De la guerre, livre I, chapitre 1 (ouvrage posthume publié de 1832 à 1834 ; extraits, traductions usuelles). L'auteur définit la guerre comme « un acte de violence destiné à contraindre l'adversaire à exécuter notre volonté », affirme qu'elle est « une simple continuation de la politique par d'autres moyens », et la décrit comme une trinité associant la violence et la passion (qui relèvent surtout du peuple), le jeu du hasard et des probabilités (qui relève du chef de guerre et de son armée) et la subordination à la raison politique (qui relève du gouvernement). Consigne : montrez comment Clausewitz fait de la guerre un phénomène politique, puis discutez la pertinence de cette définition pour penser les conflits depuis 1945.

Analyse des termes — Au brouillon, on repère les deux temps de la consigne : « montrez » (analyser la définition dans le texte) et « discutez la pertinence depuis 1945 » (confronter le texte à des conflits postérieurs, sans anachronisme). On définit « phénomène politique » (une action qui sert une fin fixée par un pouvoir) ; bornes : les guerres napoléoniennes, qui forment l'expérience de l'auteur, puis 1945-2022 pour la discussion.

Problématique — En quoi Clausewitz fait-il de la guerre un instrument au service de la politique, et cette définition, née des guerres napoléoniennes, permet-elle encore de comprendre les conflits de l'ère nucléaire et des acteurs non étatiques ?

Introduction rédigéeEn octobre 1806, l'armée prussienne s'effondre devant Napoléon à Iéna ; le jeune officier Carl von Clausewitz est fait prisonnier dans la déroute qui suit. De cette expérience des guerres révolutionnaires et impériales, qu'il prolonge en 1812 dans l'armée russe, il tire une réflexion poursuivie jusqu'à sa mort en 1831, publiée par sa veuve à partir de 1832 sous le titre De la guerre. Le premier chapitre du livre I, dont sont extraits les passages étudiés, est le seul que l'auteur jugeait achevé ; il s'adresse aux officiers et aux hommes d'État. Clausewitz y définit la guerre comme « un acte de violence destiné à contraindre l'adversaire à exécuter notre volonté » et comme « une simple continuation de la politique par d'autres moyens ». En quoi cette définition fait-elle de la guerre un instrument politique, et permet-elle encore de comprendre les conflits nés après 1945 ? Nous verrons que Clausewitz subordonne la violence à une fin politique, que sa trinité éclaire des conflits modernes, avant d'en mesurer les limites à l'ère nucléaire et face aux acteurs non étatiques.

I. La guerre, une violence ordonnée à une fin politique

  • La guerre est définie par son but : imposer une volonté, la violence n'étant qu'un moyen.« un acte de violence destiné à contraindre l'adversaire à exécuter notre volonté » : la fin (la volonté) commande le moyen (la violence).
  • La formule centrale subordonne la guerre à la politique, qui en fixe les buts et les limites.« une simple continuation de la politique par d'autres moyens » : la guerre ne suspend pas la politique, elle la poursuit.
  • Cette réflexion naît de l'expérience des guerres de la Révolution et de l'Empire.Clausewitz, officier prussien, est fait prisonnier après la défaite d'Iéna (1806), sert dans l'armée russe en 1812, dirige ensuite l'École de guerre de Berlin et meurt en 1831 ; sa veuve publie l'ouvrage inachevé.

II. Une trinité qui éclaire des conflits modernes

  • Le peuple et ses passions : la guerre devient l'affaire de nations entières.La levée en masse décrétée le 23 août 1793 annonce les mobilisations de masse, qui culminent dans la Première Guerre mondiale.
  • La raison politique peut imposer ses limites au chef militaire.En avril 1951, Truman relève le général MacArthur, qui voulait étendre la guerre de Corée à la Chine : le gouvernement garde la maîtrise des buts de guerre.
  • Une guerre limitée par son objectif politique reste clausewitzienne.En 1991, la coalition libère le Koweït, but fixé par la résolution 678, puis s'arrête le 28 février sans marcher sur Bagdad.

III. Une définition discutée depuis 1945

  • L'arme nucléaire rend la montée aux extrêmes suicidaire : la guerre la plus puissante devient celle qu'il ne faut pas faire.Hiroshima et Nagasaki (6 et 9 août 1945), puis la dissuasion ; Raymond Aron relit Clausewitz dans Penser la guerre, Clausewitz (1976).
  • Les acteurs non étatiques échappent à la trinité peuple-armée-gouvernement.Attentats du 11 septembre 2001 commis par al-Qaïda ; Martin van Creveld parle de guerres « non trinitaires » (La Transformation de la guerre, 1991).
  • Mais la grille reste utile, car ces violences poursuivent elles aussi des fins politiques.John Keegan (Histoire de la guerre, 1993) insiste sur la dimension culturelle de la guerre ; pourtant la guerre lancée par la Russie contre l'Ukraine le 24 février 2022 poursuit des objectifs territoriaux et politiques explicites.
Conclusion rédigéeClausewitz fait de la guerre un acte politique : la violence n'y a de sens que par la fin que fixe le gouvernement, et elle met en jeu un peuple, une armée et un État. Pensée au sortir des guerres napoléoniennes, cette définition éclaire encore des conflits où la politique garde la main, de la Corée en 1951 au Golfe en 1991. L'arme nucléaire, qui rend la montée aux extrêmes suicidaire, et les acteurs non étatiques, qui ne correspondent à aucun des trois pôles de la trinité, en éprouvent pourtant les limites, sans l'abolir. Reste une question que posent aujourd'hui le cyberespace et les conflits dits « hybrides » : une violence qui ne dit pas son nom est-elle encore la « continuation de la politique par d'autres moyens » ?

Le piège — La moitié des copies résument le texte phrase après phrase, ou sautent directement au XXIe siècle en oubliant que Clausewitz écrit après les guerres napoléoniennes : on ne discute la pertinence d'une définition qu'après l'avoir replacée dans son contexte.

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