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Méthode de l'étude critique de document(s) en HGGSP

Présenter, confronter et critiquer un ou deux documents à partir de la consigne, sans paraphrase (spécialité HGGSP, bac)

À propos de cette page
Ce cours d' en terminale sur « Méthode de l'étude critique de document(s) en HGGSP » suit le programme officiel d' de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Lire le sujet : titre, consigne, documents, Présenter et contextualiser le(s) document(s), Exploiter le document au brouillon et problématiser, Construire un plan qui répond à la consigne. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Présenter un document et rédiger l'introduction : le traité sur l'espace de 1967

Facile

Traité international (extraits) · Traité sur les principes régissant les activités des États en matière d'exploration et d'utilisation de l'espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes, adopté par l'Assemblée générale des Nations unies (résolution 2222 (XXI), 19 décembre 1966), ouvert à la signature le 27 janvier 1967 à Londres, Moscou et Washington, entré en vigueur le 10 octobre 1967.

Négocié aux Nations unies en pleine guerre froide, dix ans après le lancement de Spoutnik (4 octobre 1957), le traité est d'abord signé par les États-Unis, l'URSS et le Royaume-Uni. Il s'adresse aux États, seuls sujets du droit international, et fonde encore aujourd'hui le droit de l'espace.

Article premier. L'exploration et l'utilisation de l'espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes, doivent se faire pour le bien et dans l'intérêt de tous les pays, quel que soit le stade de leur développement économique ou scientifique ; elles sont l'apanage de l'humanité tout entière. L'espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes, peut être exploré et utilisé librement par tous les États sans aucune discrimination, dans des conditions d'égalité et conformément au droit international […].

Article II. L'espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes, ne peut faire l'objet d'appropriation nationale par proclamation de souveraineté, ni par voie d'utilisation ou d'occupation, ni par aucun autre moyen.

Article IV. Les États parties au Traité s'engagent à ne mettre sur orbite autour de la Terre aucun objet porteur d'armes nucléaires ou de tout autre type d'armes de destruction massive, à ne pas installer de telles armes sur des corps célestes et à ne pas placer de telles armes, de toute autre manière, dans l'espace extra-atmosphérique. Tous les États parties au Traité utiliseront la Lune et les autres corps célestes exclusivement à des fins pacifiques. […]

Article VI. Les États parties au Traité ont la responsabilité internationale des activités nationales dans l'espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes, qu'elles soient entreprises par des organismes gouvernementaux ou par des entités non gouvernementales […]. Les activités des entités non gouvernementales dans l'espace extra-atmosphérique […] doivent faire l'objet d'une autorisation et d'une surveillance continue de la part de l'État approprié partie au Traité.

En présentant le document dans son contexte, montrez que ce traité cherche à faire de l'espace un espace commun et pacifié.

  1. Identifiez la nature du document, ses auteurs, sa date et ses destinataires.
  2. Quel contexte, entre 1957 et 1967, explique la conclusion de ce traité ?
  3. Voici la présentation d'un élève : « Ce document est un traité sur l'espace de 1967. Il dit que l'espace est à tout le monde. » Relevez-en les trois défauts.
  4. Rédigez l'introduction complète de l'étude critique (accroche, présentation, problématique, annonce du plan).
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit d'un traité international multilatéral, dont on lit des extraits (articles I, II, IV et VI). Préparé aux Nations unies et adopté par l'Assemblée générale le 19 décembre 1966, il est ouvert à la signature le 27 janvier 1967 dans trois capitales, Londres, Moscou et Washington, celles des États dépositaires, et entre en vigueur le 10 octobre 1967. Ses auteurs sont les États signataires, au premier rang desquels les deux superpuissances ; ses destinataires sont les États parties, seuls tenus par ses obligations, comme le rappelle la formule « Les États parties au Traité s'engagent ».

2. Depuis Spoutnik (4 octobre 1957), l'espace est un terrain de la guerre froide : premier homme en orbite, Iouri Gagarine, le 12 avril 1961 ; programme Apollo annoncé par Kennedy en mai 1961. Les deux Grands craignent une militarisation de l'orbite, d'autant plus après la crise de Cuba (octobre 1962) qui a fait frôler la guerre nucléaire. La détente s'amorce avec le traité de Moscou d'août 1963, qui interdit les essais nucléaires dans l'atmosphère, sous l'eau et dans l'espace. Le traité de 1967 prolonge cette logique : geler la compétition avant qu'un camp ne revendique la Lune, que les Américains atteignent deux ans plus tard, le 20 juillet 1969.

3. Premier défaut : la nature est vague ; « un traité sur l'espace » ne dit ni qui l'a signé ni dans quel cadre (l'ONU). Deuxième défaut : la date est donnée sans être exploitée ; 1967, c'est la guerre froide et la course à la Lune. Troisième défaut, le plus grave : « l'espace est à tout le monde » est un contresens. L'article II interdit l'appropriation ; il ne crée pas une propriété collective. L'article I parle d'« apanage de l'humanité tout entière », c'est-à-dire d'un usage ouvert à tous, sans propriétaire.

4. « Dix ans après le lancement de Spoutnik par l'URSS, le 4 octobre 1957, et alors que la course à la Lune bat son plein, les États-Unis, l'URSS et le Royaume-Uni ouvrent à la signature, le 27 janvier 1967, un traité préparé aux Nations unies sur les principes régissant les activités des États dans l'espace extra-atmosphérique. Ce texte, dont les articles I, II, IV et VI sont ici reproduits, engage les États qui le ratifient et fonde encore aujourd'hui le droit de l'espace. Comment deux superpuissances rivales en viennent-elles à faire de l'espace un espace commun, soustrait à l'appropriation et aux armes de destruction massive, et jusqu'où va cette ambition ? Nous montrerons que le traité affirme la liberté d'accès et la non-appropriation, qu'il organise une démilitarisation partielle, avant d'en mesurer les limites face aux nouveaux acteurs de l'espace. »

Ce que cette analyse apprend — Une présentation utile relie chaque élément de la source (nature, date, auteurs, destinataires) au sens du document, et prépare la problématique.

Document 2 — Exploiter un document statistique sans le paraphraser : la concentration de CO2 à Mauna Loa

Moyen

Tableau statistique (série de mesures scientifiques) · D'après NOAA (Global Monitoring Laboratory) et Scripps Institution of Oceanography : concentration moyenne annuelle de CO2 mesurée à l'observatoire de Mauna Loa (Hawaï), série publiée en 2024 ; valeurs arrondies à l'unité.

L'observatoire de Mauna Loa, situé à plus de 3 000 mètres d'altitude au milieu du Pacifique, loin des sources locales de pollution, fournit la plus longue série de mesures directes du CO2 atmosphérique. Ces données publiques, produites par des institutions scientifiques américaines, servent de référence aux rapports du GIEC, créé en 1988.

AnnéeConcentration moyenne annuelle de CO2 (ppm)Hausse depuis la ligne précédente (ppm)
1960317–
1970326+9
1980339+13
1990354+15
2000370+16
2010390+20
2020414+24
2023421+7 (en trois ans)

ppm : parties par million, c'est-à-dire nombre de molécules de CO2 pour un million de molécules d'air sec. Mesures commencées en 1958 par le chimiste Charles David Keeling ; la courbe qu'elles dessinent est appelée « courbe de Keeling ». Niveau préindustriel (vers 1750), estimé d'après l'air piégé dans les glaces de l'Antarctique : environ 280 ppm.

Montrez que ce document atteste une transformation de l'environnement mondial par les sociétés humaines, et discutez ce qu'il permet et ne permet pas de conclure.

  1. Présentez le document : nature, producteurs, lieu et méthode de mesure.
  2. Calculez la hausse entre 1960 et 2023, puis comparez le rythme de la hausse dans les années 1960 et dans les années 2010.
  3. Voici une phrase d'élève : « En 1960, il y a 317 ppm et en 2023, il y en a 421. » Réécrivez-la pour qu'elle exploite le document et mobilise une connaissance extérieure.
  4. Quelles limites un regard critique doit-il relever ?
Voir la réponse rédigée

1. Le document est un tableau statistique qui présente les moyennes annuelles de la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, de 1960 à 2023. Les mesures sont faites à l'observatoire de Mauna Loa, à Hawaï, depuis 1958, d'abord par Charles David Keeling pour la Scripps Institution of Oceanography, puis également par la NOAA, agence fédérale américaine. Le choix du site n'est pas anodin : en altitude, au milieu d'un océan, l'air mesuré est représentatif de l'atmosphère mondiale et non d'une pollution locale. C'est une source scientifique, publique et continue, ce qui en fait un document fiable pour établir une tendance.

2. De 1960 à 2023, la concentration passe de 317 à 421 ppm, soit une hausse de 104 ppm, environ un tiers en plus (104 ÷ 317 ≈ 0,33). Par rapport au niveau préindustriel d'environ 280 ppm, la hausse atteint 141 ppm, soit environ 50 %. Surtout, le rythme s'accélère : +9 ppm pour la décennie 1960, soit environ 0,9 ppm par an ; +24 ppm pour la décennie 2010, soit environ 2,4 ppm par an. Le rythme a presque triplé.

3. Avant : la phrase recopie deux chiffres sans rien en tirer. Après : « Le document montre une hausse non seulement continue mais accélérée de la concentration de CO2 : +9 ppm dans les années 1960, +24 ppm dans les années 2010, si bien qu'en 2023 le niveau dépasse d'environ 50 % celui de l'époque préindustrielle. Cette accélération accompagne l'essor de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz ; le sixième rapport du GIEC, publié en 2021, juge « sans équivoque » que l'influence humaine a réchauffé l'atmosphère, l'océan et les terres. » La phrase calcule, compare, puis explique par une connaissance datée.

4. Première limite : le tableau mesure une concentration, pas une température ni des conséquences (montée des mers, sécheresses) ; il faut des connaissances pour faire le lien avec le réchauffement. Deuxième limite : il ne dit rien des émetteurs ; il ne permet donc de conclure ni sur les responsabilités des pays ni sur les inégalités entre Nord et Sud, au cœur des négociations climatiques depuis la convention de Rio (1992) et son principe de « responsabilités communes mais différenciées ». Troisième limite : les moyennes annuelles masquent le cycle saisonnier, lié à la végétation de l'hémisphère Nord. Enfin, une seule station ne suffirait pas à elle seule ; mais d'autres stations, comme celle du pôle Sud, confirment la tendance. La portée du document est considérable : la courbe de Keeling est devenue l'une des images de référence du changement climatique, invoquée lors de l'accord de Paris (2015), qui vise à contenir le réchauffement « nettement en dessous de 2 °C ».

Ce que cette analyse apprend — Un chiffre ne se recopie pas : il se calcule, se compare, puis s'explique par une connaissance ; la critique porte ensuite sur ce que le chiffre ne mesure pas.

Document 3 — Analyser une image et suivre sa réception : « Lever de Terre » (1968)

Moyen

Photographie · William Anders, « Earthrise » (« Lever de Terre »), photographie prise depuis l'orbite lunaire lors de la mission Apollo 8, 24 décembre 1968, NASA (domaine public).

En décembre 1968, les États-Unis devancent l'URSS en envoyant pour la première fois des hommes autour de la Lune, sept mois avant le premier pas d'Apollo 11 (20 juillet 1969). La NASA, agence fédérale civile créée en 1958, diffuse l'image dans le monde entier.

Description de la photographie, dans sa présentation la plus diffusée. Image en couleurs, de format presque carré.

Premier plan, en bas de l'image : la surface de la Lune, grise et criblée de cratères, qui dessine un horizon courbe. Aucun relief n'est coloré : le gris domine.

Arrière-plan : le noir uniforme de l'espace, sans aucune étoile visible.

Dans la partie supérieure, un peu à gauche du centre, au-dessus de l'horizon lunaire : la Terre, petite par rapport au cadre, à moitié éclairée par le Soleil. On distingue le bleu des océans, des masses nuageuses blanches et quelques teintes brunes de terres émergées ; la moitié non éclairée se confond avec le noir de l'espace.

Aucune présence humaine n'est visible : ni vaisseau, ni astronaute, ni frontière, ni lumière de ville.

Circonstances : le cliché est pris par l'astronaute William Anders, avec un appareil photographique emporté à bord, au cours d'une des révolutions d'Apollo 8 autour de la Lune (équipage : Frank Borman, James Lovell, William Anders), premier vol habité à quitter l'orbite terrestre, du 21 au 27 décembre 1968.

Montrez que cette photographie, produite dans le cadre de la course à la Lune, a été reçue comme un symbole de la fragilité de la Terre, et discutez ce que révèle ce double usage.

  1. Décrivez l'image plan par plan, sans l'interpréter encore.
  2. Qui produit cette image, dans quel contexte, et quel intérêt la NASA a-t-elle à la diffuser en décembre 1968 ?
  3. Montrez que l'image a pris un sens que ses producteurs n'avaient pas prévu, en vous appuyant sur des usages datés.
  4. Quelles précautions critiques impose ce document ?
Voir la réponse rédigée

1. Au premier plan, en bas, s'étend la surface lunaire, grise et cratérisée, qui forme un horizon courbe. L'arrière-plan est entièrement noir, sans étoiles. Au-dessus de l'horizon, légèrement à gauche du centre, apparaît la Terre, petite, à moitié éclairée : océans bleus, nuages blancs, quelques terres brunes. Aucun élément humain n'est visible. La composition oppose ainsi un monde mort, gris et proche, à une planète colorée, lointaine et isolée dans le noir.

2. L'image est produite par la NASA, agence fédérale américaine, lors d'Apollo 8, premier vol habité autour de la Lune (21-27 décembre 1968). Dans la course à l'espace, ouverte par Spoutnik en 1957 et marquée par l'avance soviétique jusqu'au vol de Gagarine en 1961, elle prouve la maîtrise américaine du voyage lunaire, sept mois avant Apollo 11. Sa diffusion sert donc le prestige des États-Unis dans la guerre froide, à la fin d'une année 1968 marquée pour eux par la guerre du Viêt Nam et par les assassinats de Martin Luther King (4 avril) et de Robert Kennedy (juin). L'image devait d'abord montrer la puissance d'une nation.

3. Or ce que l'image montre, c'est la Terre entière, sans frontières, minuscule dans le vide. Reprise dès 1969 sur un timbre américain consacré à Apollo 8, elle circule ensuite dans les mouvements écologistes qui se structurent alors : premier « Jour de la Terre » aux États-Unis le 22 avril 1970, première conférence des Nations unies sur l'environnement à Stockholm en juin 1972. Une image de la conquête devient une image de la protection : ce n'est plus la Lune qu'on regarde, mais la fragilité d'une planète unique. Le sens d'une image dépend donc aussi de ceux qui la reçoivent.

4. Une photographie n'est pas une fenêtre neutre : c'est un cadrage, un moment et un choix parmi plusieurs clichés pris au même instant. L'orientation elle-même est un choix : dans l'espace, il n'y a ni haut ni bas, et la présentation la plus diffusée place l'horizon lunaire en bas pour évoquer un « lever » comme sur Terre. Ce « lever » est d'ailleurs un effet du mouvement du vaisseau en orbite : vue depuis la surface de la Lune, la Terre reste presque immobile dans le ciel. Enfin, le producteur est une agence d'État en compétition : la dimension écologique de l'image n'était pas son intention, elle est née de la réception. L'historien doit distinguer ce que montre l'image, ce que voulait son producteur et ce qu'en ont fait ses publics.

Ce que cette analyse apprend — Une image s'analyse en trois temps distincts : décrire ce qu'on voit, identifier l'intention du producteur, suivre les usages qui en ont changé le sens.

Document 4 — Confronter deux documents et rédiger un paragraphe critique : la Charte des Nations unies et la guerre du Golfe

Difficile

Document 1 : traité fondateur d'une organisation internationale (extraits) · Document 2 : résolution du Conseil de sécurité (extraits) · Document 1 : Charte des Nations unies, signée à San Francisco le 26 juin 1945, entrée en vigueur le 24 octobre 1945. Document 2 : Conseil de sécurité des Nations unies, résolution 678, adoptée le 29 novembre 1990.

La Charte est rédigée en 1945 par les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, qui se réservent les cinq sièges permanents du Conseil de sécurité. La résolution 678 répond à l'invasion du Koweït par l'Irak de Saddam Hussein, le 2 août 1990, au moment où la guerre froide s'achève.

Document 1 — Charte des Nations unies (1945).

Préambule. Nous, peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l'espace d'une vie humaine a infligé à l'humanité d'indicibles souffrances, […]

Article 2, § 4. Les Membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.

Article 42. Si le Conseil de sécurité estime que les mesures prévues à l'Article 41 [mesures n'impliquant pas l'emploi de la force armée] seraient inadéquates ou qu'elles se sont révélées telles, il peut entreprendre, au moyen de forces aériennes, navales ou terrestres, toute action qu'il juge nécessaire au maintien ou au rétablissement de la paix et de la sécurité internationales. […]

Article 51. Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l'objet d'une agression armée, jusqu'à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. […]

Document 2 — Résolution 678 du Conseil de sécurité (29 novembre 1990).

Le Conseil de sécurité, […] Notant que, malgré tous les efforts déployés par l'Organisation des Nations Unies, l'Iraq refuse de s'acquitter de son obligation d'appliquer la résolution 660 (1990) […], Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte,

1. Exige que l'Iraq se conforme pleinement à la résolution 660 (1990) et à toutes les résolutions pertinentes adoptées ultérieurement […] ;

2. Autorise les États Membres qui coopèrent avec le Gouvernement koweïtien, si au 15 janvier 1991 l'Iraq n'a pas pleinement appliqué les résolutions susmentionnées […], à user de tous les moyens nécessaires pour faire respecter et appliquer la résolution 660 (1990) et toutes les résolutions pertinentes adoptées ultérieurement et pour rétablir la paix et la sécurité internationales dans la région […].

En confrontant les deux documents, montrez que l'ONU s'est dotée des moyens juridiques de rétablir la paix, et discutez les conditions et les limites de leur mise en œuvre.

  1. Présentez chacun des deux documents en une phrase, puis dites ce qui les relie.
  2. Relevez dans le document 1 le principe qui encadre l'emploi de la force et ses deux exceptions ; montrez comment le document 2 s'appuie sur l'une d'elles.
  3. Pourquoi cette mise en œuvre est-elle possible en 1990, alors qu'elle est restée presque impossible pendant la guerre froide ?
  4. Rédigez un paragraphe argumenté (AEI) qui confronte les deux documents autour de l'expression « tous les moyens nécessaires ».
  5. Quelles limites un regard critique doit-il relever ?
Voir la réponse rédigée

1. Le document 1 est un extrait de la Charte des Nations unies, traité fondateur signé à San Francisco le 26 juin 1945 par les représentants de cinquante États, au lendemain d'une guerre mondiale dont le préambule rappelle les « indicibles souffrances ». Le document 2 est la résolution 678 du Conseil de sécurité, adoptée le 29 novembre 1990 par douze voix contre deux (Cuba et le Yémen) et une abstention (la Chine), quatre mois après l'invasion du Koweït par l'Irak. Le second applique le premier : il se fonde explicitement sur le « Chapitre VII de la Charte ». Quarante-cinq ans séparent la règle de son application la plus nette.

2. Le principe est l'interdiction du recours à la force : les membres « s'abstiennent […] de recourir à la menace ou à l'emploi de la force » (art. 2 § 4). Deux exceptions : la « légitime défense, individuelle ou collective » en cas d'« agression armée » (art. 51), et l'action décidée par le Conseil de sécurité, qui peut entreprendre « au moyen de forces aériennes, navales ou terrestres, toute action qu'il juge nécessaire » (art. 42). La résolution 678 relève de la seconde : « agissant en vertu du Chapitre VII », le Conseil autorise l'emploi de la force après l'échec des mesures non militaires, puisque l'embargo décidé par la résolution 661 (6 août 1990) n'a pas fait reculer l'Irak. La date butoir du « 15 janvier 1991 » transforme la résolution en ultimatum.

3. Pendant la guerre froide, le Conseil est paralysé par la règle de l'unanimité des cinq membres permanents, dite droit de veto : chaque Grand protège son camp. La seule grande exception est la Corée en juin 1950, rendue possible par l'absence du délégué soviétique, qui boycottait le Conseil depuis janvier. En 1990, l'URSS de Mikhaïl Gorbatchev, en quête de coopération avec l'Occident, vote la résolution ; la Chine s'abstient sans opposer son veto. C'est le consensus des grandes puissances, et non la Charte seule, qui rend l'action possible.

4. « L'expression « tous les moyens nécessaires » traduit dans la langue diplomatique la possibilité ouverte par la Charte de recourir à la guerre pour rétablir la paix. L'article 42 permettait au Conseil d'entreprendre « toute action qu'il juge nécessaire » avec des forces armées ; la résolution 678 reprend presque le même mot, mais en change le sujet : ce n'est plus le Conseil qui agit, ce sont « les États Membres qui coopèrent avec le Gouvernement koweïtien » qu'il autorise. De fait, l'opération « Tempête du désert », lancée le 17 janvier 1991, est conduite par une coalition d'environ trente-cinq pays sous commandement américain, et le cessez-le-feu intervient le 28 février. La confrontation révèle donc un écart : la Charte imaginait une force au service de l'ONU, la pratique de 1990 délègue la guerre à des États volontaires, qui en gardent la conduite et les objectifs. »

5. Première limite : ces textes sont normatifs ; ils disent ce qui est permis, non ce qui s'est passé (ni les victimes civiles ni les destructions n'y figurent). Deuxième limite : l'ONU ne dispose pas d'armée propre ; les accords prévus par la Charte pour mettre des forces à la disposition du Conseil n'ont jamais été conclus, d'où la délégation à une coalition. Troisième limite : l'action dépend du bon vouloir des cinq membres permanents, eux-mêmes désignés en 1945 par la victoire ; la guerre d'Irak de 2003, engagée sans autorisation du Conseil, montre que 1990 fut un moment favorable plutôt qu'une règle durable. La portée des documents est donc double : ils établissent la légalité du recours à la force, mais son usage reste suspendu à l'accord des puissances.

Ce que cette analyse apprend — Confronter deux documents, c'est faire apparaître l'écart entre une règle et son application, dans chaque paragraphe, puis expliquer cet écart par le contexte.

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