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Thème 3 — Axe 2 : histoire, mémoire et justice

Tribunaux gacaca au Rwanda, TPIY, histoire et mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes (spécialité HGGSP de Tle)

À propos de cette page
Ce cours d' en terminale sur « Thème 3 — Axe 2 : histoire, mémoire et justice » suit le programme officiel d' de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Histoire, mémoire, justice : trois rapports au passé, Le génocide des Tutsi (1994) et le Tribunal pénal international pour le Rwanda, Les tribunaux gacaca : une justice à l'échelle locale, Le TPIY : juger à l'échelle internationale les crimes de l'ex-Yougoslavie. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en .

2 sujets de dissertation traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.

Tombés au bac sur cette question

Les sujets réels des sessions précédentes : les deux premiers sont corrigés ci-dessous.

  • 2025 · Centres étrangers — Quelle justice pour les crimes de masse depuis Nuremberg ? voir le sujet complet →
  • 2025 · Centres étrangers — Acteurs et enjeux de la construction des mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes depuis 1945. voir le sujet complet →
  • 2022 · Amérique du Nord — Juger les génocides et crimes de masse, une justice uniquement internationale ? voir le sujet complet →
  • 2022 · Mayotte — Reconnaître la mémoire du génocide des Juifs et des Tsiganes : moyens et acteurs. voir le sujet complet →

Sujet 1 — Quelle justice pour les crimes de masse depuis Nuremberg ?

Analyse des termes — « Crimes de masse » englobe les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et les génocides, c'est-à-dire des violences systématiques contre des civils ; « quelle justice » invite à comparer les formes (internationale, nationale, locale) et les fonctions (punir, établir les faits, réconcilier). Le sujet court de 1945 à nos jours.

Problématique — Comment la justice s'est-elle adaptée, depuis Nuremberg, pour juger les crimes de masse, et parvient-elle à la fois à punir, à établir la vérité et à réconcilier ?

Introduction rédigéeLe 20 novembre 1945 s'ouvre à Nuremberg le procès de 22 dirigeants nazis devant un tribunal créé par les Alliés victorieux : pour la première fois, les responsables d'un État répondent devant une juridiction internationale de crimes commis contre des millions de civils. On appelle crimes de masse les violences qui visent de façon systématique des populations civiles : crimes de guerre, crimes contre l'humanité, définis en 1945, et génocide, défini par la convention de l'ONU de 1948 comme l'intention de détruire un groupe comme tel. Depuis Nuremberg, ces crimes n'ont pas cessé — génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, massacre de Srebrenica en 1995 — et la justice a dû inventer ses formes : tribunaux internationaux, procès nationaux, juridictions locales. Juger ces crimes pose des questions nouvelles : qui juger quand les exécutants se comptent par centaines de milliers, comment établir des faits que les bourreaux ont voulu effacer, comment permettre aux survivants de vivre à côté des coupables ? Comment la justice s'est-elle donc adaptée, depuis 1945, pour juger les crimes de masse, et parvient-elle à la fois à punir, à établir la vérité et à réconcilier ? Nous verrons d'abord que Nuremberg fonde un droit que les justices nationales prolongent jusqu'en 1990, puis que la fin de la guerre froide permet la renaissance d'une justice pénale internationale, enfin que cette justice s'exerce aujourd'hui à plusieurs échelles, avec des résultats inégaux.

I. Nuremberg fonde un droit que les justices nationales prolongent (1945-1990)

  • Nuremberg invente la responsabilité pénale individuelle des dirigeants.Procès du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946 : 22 accusés, 12 condamnations à mort ; articles 7 et 8 du statut (8 août 1945).
  • Le droit définit de nouveaux crimes, mais la guerre froide bloque la justice internationale.Crime contre l'humanité (1945) ; convention sur le génocide (9 décembre 1948) ; aucun tribunal international entre 1948 et 1993.
  • Les justices nationales prennent le relais et font entendre les victimes.Procès Eichmann (Jérusalem, 1961), procès de Francfort (1963-1965), loi française du 26 décembre 1964, procès Barbie (1987).

II. Les années 1990 : la renaissance d'une justice pénale internationale

  • Le TPIY est créé pendant la guerre pour juger les crimes de l'ex-Yougoslavie.Résolution 827 du 25 mai 1993 ; 161 accusés, 90 condamnés ; Srebrenica qualifié de génocide (Krstić, 2004).
  • Le TPIR juge les responsables du génocide des Tutsi et fait progresser le droit.Résolution 955 du 8 novembre 1994 ; jugement Akayesu (2 septembre 1998), première condamnation internationale pour génocide.
  • Une justice permanente et des tribunaux mixtes complètent le dispositif.Statut de Rome (17 juillet 1998), CPI en fonction le 1er juillet 2002 ; chambres cambodgiennes (Duch, 2010), Chambres africaines extraordinaires (Hissène Habré, 2016).

III. Une justice à plusieurs échelles, aux résultats inégaux

  • L'échelle locale permet de juger en masse et de chercher la réconciliation.Gacaca au Rwanda (2002-2012) : plus de 12 000 juridictions, près de deux millions d'affaires, aveux et travaux d'intérêt général.
  • Les juges nationaux agissent au nom de la compétence universelle ou pour achever les poursuites.Procès Simbikangwa (Paris, 2014) ; Papon (1998) ; Oskar Gröning (Lunebourg, 2015).
  • La justice reste sélective et ne suffit pas à produire une mémoire partagée.Crimes du FPR exclus des gacaca ; Milošević mort avant son jugement (2006) ; négation de Srebrenica par une partie des dirigeants serbes de Bosnie.
Conclusion rédigéeDepuis Nuremberg, la justice des crimes de masse a profondément changé. Née d'un tribunal des vainqueurs, elle a d'abord survécu grâce aux juges nationaux, du procès Eichmann au procès Papon, avant de renaître à l'échelle internationale avec le TPIY, le TPIR puis la Cour pénale internationale. Elle s'exerce désormais à plusieurs échelles, qui se complètent : les tribunaux internationaux jugent les dirigeants, les juges nationaux les exécutants, les gacaca ont jugé en masse au plus près des victimes. Elle a établi des faits, fixé un droit et donné la parole aux survivants. Mais elle reste sélective, lente, dépendante de la volonté des États, et un jugement ne suffit pas à réconcilier une société ni à faire taire le déni. Aujourd'hui encore, le mandat d'arrêt délivré par la CPI contre le président russe Vladimir Poutine le 17 mars 2023, pour la déportation d'enfants ukrainiens, pose la même question qu'en 1945 : la justice internationale peut-elle atteindre les dirigeants d'une grande puissance ?

Le piège — Réciter une liste de tribunaux dans l'ordre chronologique sans jamais poser la question du sujet (« quelle justice ? ») : il faut comparer les échelles et évaluer ce que chaque justice permet (punir, établir les faits, réconcilier) et ne permet pas.

Sujet 2 — Acteurs et enjeux de la construction des mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes depuis 1945.

Analyse des termes — Le sujet demande qui construit les mémoires (survivants, associations, historiens, juges, États, artistes, institutions internationales) et pourquoi (reconnaissance, réparation, transmission, lutte contre le négationnisme, identité nationale). Le pluriel « mémoires » et la mention des deux groupes imposent de comparer les rythmes, de 1945 à nos jours.

Problématique — Comment les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes, d'abord marginales, sont-elles devenues des mémoires officielles et mondialisées, et quels acteurs et quels enjeux expliquent les rythmes différents de cette construction ?

Introduction rédigéeLe 1er juillet 2018, Simone Veil, déportée à Auschwitz-Birkenau en 1944 à l'âge de seize ans, entre au Panthéon : la mémoire du génocide des Juifs est désormais au cœur du récit national. Il n'en a pas toujours été ainsi. Le génocide des Juifs, près de 6 millions de morts, et celui des Tsiganes, plusieurs centaines de milliers, ont été perpétrés par les nazis et leurs complices entre 1941 et 1945. La mémoire désigne la présence de ce passé dans le présent des groupes et des sociétés : elle est plurielle, portée par des acteurs — survivants, associations, historiens, juges, États, artistes — qui poursuivent des enjeux : reconnaissance des victimes, réparation, lutte contre le négationnisme, transmission aux générations suivantes. Entre 1945 et aujourd'hui, ces mémoires sont passées de la marge au centre, mais à des rythmes très différents : celle des Tsiganes n'est reconnue que depuis les années 1980. Comment les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes, d'abord marginales, sont-elles devenues des mémoires officielles et mondialisées, et quels acteurs et quels enjeux expliquent les rythmes de cette construction ? Nous verrons qu'entre 1945 et 1960 elles restent portées par les survivants, dans l'ombre de la mémoire résistante, puis que de 1961 à 1990 la justice, les historiens et les médias les font émerger, enfin que depuis les années 1990 elles deviennent officielles et mondiales, au moment où la transmission devient le principal défi.

I. 1945-1960 : des mémoires portées par les survivants, dans l'ombre de la mémoire résistante

  • La mémoire nationale privilégie la Résistance et fond le génocide dans la déportation.Nuit et Brouillard d'Alain Resnais (1956) évoque les camps sans insister sur la spécificité juive du génocide.
  • Les survivants et les institutions juives rassemblent les preuves et les noms.CDJC fondé à Grenoble en 1943 ; Mémorial du martyr juif inconnu à Paris (1956) ; Primo Levi, Si c'est un homme (1947).
  • Israël fait de la mémoire du génocide une institution d'État ; les Tsiganes restent inaudibles.Loi créant Yad Vashem (1953) ; internement des « nomades » en France prolongé jusqu'en 1946, sans reconnaissance.

II. 1961-1990 : justice, histoire et médias font émerger la mémoire du génocide

  • Les procès donnent la parole aux témoins et font connaître les faits.Procès Eichmann (1961), procès de Francfort (1963-1965), procès Barbie filmé (Lyon, 1987).
  • Les historiens et les militants de la mémoire établissent les responsabilités.Hilberg (1961) ; Paxton (1973) ; Klarsfeld, Mémorial de la déportation des Juifs de France (1978) ; RFA : reconnaissance du génocide des Sinti et Roms en 1982, sous la pression de leurs associations.
  • Les œuvres touchent le grand public, tandis que le négationnisme impose une riposte.Série Holocauste (1978, diffusée en RFA en 1979) ; Shoah de Lanzmann (1985) ; Faurisson (1978) ; loi Gayssot (13 juillet 1990).

III. Depuis 1990 : mémoires officielles, mondialisées, et défi de la transmission

  • Les États reconnaissent leurs responsabilités.Discours de Jacques Chirac (16 juillet 1995) ; reconnaissance de l'internement des nomades par François Hollande (29 octobre 2016).
  • La mémoire s'institutionnalise et se mondialise.Mémorial de la Shoah à Paris (janvier 2005) ; 27 janvier, journée internationale de l'ONU (2005) ; mémorial des Sinti et Roms à Berlin (2012) ; 2 août, journée européenne (2015).
  • La disparition des témoins pose la question de la transmission.Témoignages filmés (fondation créée par Steven Spielberg en 1994) ; entrée de Simone Veil au Panthéon (1er juillet 2018) ; enseignement et voyages scolaires.
Conclusion rédigéeDepuis 1945, les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes ont été construites par des acteurs successifs : les survivants et les institutions communautaires d'abord, puis les juges, les historiens et les créateurs, enfin les États et les organisations internationales. Leurs enjeux ont évolué, de la collecte des preuves à la reconnaissance des responsabilités nationales, puis à la transmission. Cette construction reste inégale : la mémoire des Tsiganes, longtemps ignorée, n'a été reconnue qu'à partir de 1982 en RFA et de 2016 en France. Avec la disparition des derniers témoins, la mémoire repose désormais sur les archives, les lieux, l'enseignement et les œuvres. Reste à savoir comment cette mémoire, devenue une référence universelle, peut éclairer d'autres crimes de masse, comme le génocide des Tutsi de 1994, sans qu'aucune mémoire n'efface les autres.

Le piège — Oublier les Tsiganes ou les traiter en une ligne : le sujet associe les deux génocides, et l'écart de rythme entre leurs mémoires est précisément l'un des enjeux à expliquer.

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