Le conditionnel « ne faudrait pas » ouvre deux lectures : une prudence (mieux vaudrait ne pas savoir) et un interdit moral (on n'a pas le droit de savoir). La conscience, comme savoir de soi et du monde, est ici soupçonnée d'être parfois nuisible.
Certaines vérités sur nous-mêmes ou sur le monde sont-elles si accablantes qu'il vaudrait mieux les ignorer, ou l'ignorance est-elle toujours une perte ?
Le plan en trois parties
Certaines prises de conscience paraissent insupportables
- Le divertissement nous détourne d'une condition que nous ne pouvons regarder en face.Pascal, Pensées
- Le refoulement protège le sujet de représentations qu'il ne pourrait pas assumer.Freud, Métapsychologie
- La réflexion multiplie les maux en anticipant ce que l'animal ne prévoit pas.Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité
Mais l'ignorance choisie est une démission
- Se cacher sa propre liberté, c'est de la mauvaise foi : on se ment pour ne pas décider.Sartre, L'Être et le Néant
- Rester dans la minorité par confort est une faute dont on est soi-même responsable.Kant, Qu'est-ce que les Lumières ?
- Ne pas vouloir savoir ce que l'on fait subir permet à l'injustice de durer.Arendt, Vérité et politique
Non pas ignorer, mais apprendre à supporter ce que l'on sait
- Comprendre les causes de ses affects transforme la tristesse subie en puissance d'agir.Spinoza, Éthique
- Le travail analytique rend progressivement pensable ce qui était insupportable d'un coup.Freud, Introduction à la psychanalyse
- Distinguer ce qui dépend de nous rend la lucidité vivable plutôt qu'écrasante.Épictète, Manuel
Faut-il tout dire à quelqu'un au nom de la vérité, ou la vérité se donne-t-elle à son heure ?