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La dissertation philosophique

Maîtriser l’art de la dissertation — de l’analyse du sujet au devoir rédigé (programme de Terminale)

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La dissertation philosophique

Fiche méthode : les étapes de l’épreuve, du sujet à la conclusion

(Philosophie Terminale · Méthode : la dissertation)

La démarche pour toute dissertation

1. Au brouillon (1 h). J’analyse les termes et le verbe de la consigne, j’écris un oui fort, un non fort et le présupposé, puis je formule le problème et trois thèses qui se répondent.

2. L’introduction. Accroche par un matériau précis, définitions qui ouvrent des distinctions, tension, problème, annonce du plan.

3. Le développement (2 h 30 de rédaction en tout). Un paragraphe par idée, une transition rédigée entre les parties.

4. La conclusion, puis 20 min de relecture. Bilan du chemin, réponse explicite, ouverture.

Le réflexe — tant que je n’ai pas écrit le oui et le non avec la même force, j’ai un thème et non un sujet : c’est le travail de brouillon qui décide de la note.

Cas 1 · Analyser le sujet

Réflexe — je repère le verbe de consigne et les mots porteurs, je donne pour chacun le sens courant puis le sens strict, et j’ouvre une distinction qui deviendra un moment du devoir.

Exemple. « Suffit-il de s’exprimer pour être artiste ? »

Le verbe : « suffit-il » interroge une condition. S’exprimer est sans doute nécessaire ; la question est de savoir si cela suffit.

Les termes : s’exprimer, c’est extérioriser un état intérieur ; être artiste suppose en outre une œuvre, un métier et une reconnaissance.

La distinction ouverte : expression / œuvre. Elle annonce déjà un moment du devoir : l’expression sans forme ne fait pas une œuvre.

Attention — « lutter, c’est combattre » remplace un mot par un synonyme : si une définition ne sert nulle part ensuite, ce n’en était pas une.

Cas 2 · Problématiser

Réflexe — j’écris un oui fort et un non fort, je nomme le présupposé, puis je formule une alternative dont aucune branche n’est absurde.

Exemple. « Peut-on être certain d’avoir bien agi ? »

Oui : la conscience morale semble juger nos actes avec une autorité immédiate, et une maxime universalisable sans contradiction indique le devoir (Kant).

Non : on ne peut jamais être sûr que l’amour-propre ne s’est pas glissé à la place du devoir, et des motifs inconscients agissent à notre insu (Freud).

Présupposé : la certitude est un état subjectif, distinct de la vérité ; la question suppose qu’il existe un critère du bien agir. Le repère en fait / en droit sépare l’impossibilité psychologique de la certitude et son impossibilité de principe.

Problème : existe-t-il un critère qui permette de savoir avec certitude qu’une action fut bonne, ou l’incertitude morale est-elle la condition même de l’action responsable ?

Attention — « tout dépend des personnes et des situations » annule la question ; une problématique sans aucun mot absent de l’énoncé (ici « critère », « responsable ») n’est qu’une répétition.

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Cas 3 · Construire le plan

Réflexe — trois thèses complètes, chacune née de l’insuffisance de la précédente, reliées par « mais », « reste alors à », « c’est pourquoi ».

Exemple. « Avons-nous la maîtrise de nos paroles ? »

I. Parler est un acte volontaire, donc maîtrisable : la promesse montre qu’une parole engage durablement celui qui la donne (Hobbes, Léviathan).

II. Mais la parole déborde l’intention de qui la prononce : le lapsus trahit un désir que le locuteur n’avait pas choisi de dire (Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne), et le sens d’un signe dépend du système de la langue (Saussure).

III. Une maîtrise qui se conquiert et se limite à la responsabilité : il ne s’agit pas de dominer le sens, mais de répondre de ce qu’on a dit.

Attention — « I. La parole, II. La maîtrise, III. Synthèse » est un plan de thèmes : il servirait à n’importe quel sujet contenant ces mots, donc il ne répond à aucun.

Cas 4 · Rédiger un paragraphe

Réflexe — une seule idée, cinq gestes : l’idée sans auteur, l’explication, la référence exacte, l’exemple précis, la portée ou la limite.

Exemple. Un paragraphe pour « Que peut la raison contre les préjugés ? »

Idée : un préjugé n’est pas une connaissance approximative qu’il suffirait de corriger.

Explication : ce qui le constitue n’est pas une erreur de raisonnement, mais l’intérêt qu’on a à croire : il satisfait avant d’expliquer.

Référence : Bachelard, La formation de l’esprit scientifique (1938) : « L’opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. »

Exemple précis : la théorie de la combustion n’a progressé qu’en détruisant l’idée de phlogistique, pourtant intuitive.

Portée : la raison ne vient pas à bout d’un préjugé en le rectifiant, mais en rompant avec lui ; reste à savoir où elle trouve la force de cette rupture.

Attention — le titre de l’œuvre ne remplace pas l’explication, et trois auteurs ajoutés en fin de paragraphe valent moins qu’un seul expliqué.

Cas 5 · Transitions et conclusion

Réflexe — la transition ferme, objecte, ouvre ; la conclusion retrace le chemin, répond sans échappatoire, puis ouvre sur une vraie question.

Exemple 1. « Faut-il résister à l’État ? » : la transition de I à II.

Fermer : la sécurité que procure l’État justifie une présomption d’obéissance, sans laquelle chacun se ferait juge de tout.

Objecter : mais cette présomption repose sur l’idée que l’État protège, et l’histoire montre des États qui persécutent au nom de leurs propres lois.

Ouvrir : une loi peut-elle être légale sans être légitime ?

Exemple 2. Le même sujet : la conclusion.

Bilan : l’obéissance est d’abord apparue comme la condition de la paix civile ; puis la loi s’est révélée capable d’être légale sans être légitime ; il a fallu enfin définir une résistance qui parle au nom du droit plutôt que de la seule force.

Réponse : il ne faut pas résister à l’État par principe, mais il le faut quand la loi trahit ce qui la fonde, et au nom de ce qui fonde l’État.

Ouverture : la désobéissance civile est-elle une contestation de l’État ou l’une de ses institutions implicites ?

Attention — « nous allons maintenant voir le contraire » rend la partie suivante décorative, et « chacun a son opinion » annule quatre heures de travail.

Les pièges

  • Ouvrir par « depuis la nuit des temps » ou « dans notre société actuelle » au lieu d’un matériau daté et précis.
  • Recopier le sujet deux fois puis écrire « telle est la question » : c’est répéter, pas problématiser.
  • Citer de mémoire une formule sans auteur ni œuvre (« comme disait un philosophe ») : une référence approximative ou fausse coûte plus qu’aucune référence.
  • Raconter un auteur au lieu de s’en servir : l’idée vient d’abord, l’auteur ensuite.
  • Mal répartir les quatre heures : 1 h de brouillon, 2 h 30 de rédaction, 20 min de relecture.

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