Vivre « comme si » nous étions éternels peut vouloir dire ignorer la mort, ou agir en vue de ce qui dure au-delà de nous. Le sujet oppose une illusion consolante et une exigence de grandeur qui excède la durée d’une vie.
Faut-il oublier notre finitude pour bien vivre, ou est-ce au contraire elle qui donne son prix à notre vie ?
Le plan en trois parties
Vivre comme si nous étions éternels rend l’existence supportable
- Le divertissement écarte la pensée de la mort et rend la vie vivable, au prix de la vérité.Pascal, Pensées
- Puisque la mort n’est rien pour nous, il est inutile d’organiser sa vie autour d’elle.Épicure, Lettre à Ménécée
- Comprendre les choses comme éternelles libère l’esprit de la tristesse liée à la durée.Spinoza, Éthique, V
Mais cette illusion fait perdre le temps qu’elle prétend sauver
- Ceux qui vivent comme s’ils devaient toujours vivre remettent tout à demain et perdent leur vie.Sénèque, De la brièveté de la vie
- Fuir sa finitude, c’est exister sur le mode du on et manquer son existence propre.Heidegger, Être et Temps
- L’instant présent est le seul bien réel : le croire inépuisable revient à ne jamais s’en saisir.Marc Aurèle, Pensées pour moi-même
Il faut vivre en mortels qui agissent pour ce qui leur survit
- Les hommes mortels bâtissent un monde durable : c’est la réponse politique à la finitude, non son déni.Arendt, Condition de l’homme moderne
- Transmettre, commémorer, instituer : les sociétés fabriquent des durées qui excèdent les vies individuelles.Pierre Nora, Les lieux de mémoire
- Aimer sa vie au point d’en vouloir le retour éternel est une affirmation de mortel, pas un rêve d’immortalité.Nietzsche, Le Gai Savoir
Ce qui nous survit — une œuvre, une loi, une transmission — nous rend-il éternels, ou seulement moins seuls dans le temps ?