Ressources · 6ᵉ · Philosophie
Le temps
L’existence humaine face à la temporalité : permanence, changement et identité personnelle (Terminale, L’existence humaine et la culture)
Le temps
Fiche méthode : dissertation et explication de texte
(Philosophie Terminale · Notions : le temps, la mémoire)
La démarche pour tout sujet sur le temps ou la mémoire
1. J’analyse les termes. Je décide de quel temps parle le sujet (celui de la physique, de la conscience, de l’histoire ou de l’existence) et je distingue temps et durée, mémoire et souvenir, mémoire et histoire, oubli et amnésie ; je pèse chaque mot du sujet (« devons-nous », « raisonnable », « fidèle »).
2. Je formule le problème. Deux réponses défendables s’opposent ; je les écris sous forme d’une question qui les met en tension.
3. Je construis trois moments. Chaque partie réfute la précédente au lieu de la compléter, avec des auteurs exactement attribués.
4. Je conclus. Bilan, réponse explicite au problème, ouverture.
Cas 1 · Problématiser un sujet sur le temps
Réflexe — je repère ce que le sujet met en jeu (la raison, la sagesse, la mort, l’identité) et j’oppose deux réponses défendables.
Exemple. « Est-il raisonnable de lutter contre le temps ? »
Le sujet ne demande pas si nous luttons contre le temps, mais si la raison approuve ce combat. « Lutter contre le temps » recouvre aussi bien la course contre la montre que le refus du vieillissement et de la mort.
Problème : peut-on donner une justification rationnelle à un combat dont l’issue est certaine, ou la raison commande-t-elle ici le consentement ?
Attention — un sujet sur le temps n’est pas un sujet sur l’histoire : je ne glisse pas du temps vécu au passé collectif sans le justifier.
Cas 2 · Construire le plan
Réflexe — le mouvement le plus sûr : I. l’évidence (le temps détruit, le passé conserve) ; II. sa réfutation (on ne lutte pas contre une forme de notre sensibilité, et lutter contre le temps, c’est refuser la durée qui fait notre vie) ; III. le déplacement (ce qui compte est notre rapport au passé et à la mort).
Exemple. « Devons-nous lutter contre le temps ? »
I. Le temps est un adversaire : il est irréversible, ce qu’il emporte ne revient jamais (Jankélévitch).
II. Mais lutter contre lui, c’est refuser la durée qui fait notre vie (Bergson) ; et pour Sénèque, nous n’avons pas trop peu de temps, nous en perdons beaucoup.
III. Le vrai combat est contre notre fuite : nous ne vivons jamais au présent (Pascal), alors que l’anticipation de la mort rend l’existence propre (Heidegger).
Attention — le plan « I. temps objectif, II. temps subjectif, III. les deux » classe au lieu d’argumenter : chaque partie doit réfuter la précédente.
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Cas 3 · Mobiliser un auteur
Réflexe — thèse exactement attribuée, puis argument, puis exemple analysé, puis limite qui fait avancer le devoir.
Exemple. Utiliser Bergson sur « Mesurer le temps, est-ce le connaître ? »
Thèse : « La durée toute pure est la forme que prend la succession de nos états de conscience quand notre moi se laisse vivre » (Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889).
Argument : mesurer, c’est découper le temps en unités juxtaposées sur une ligne ; or une ligne est de l’espace, et la durée y est perdue.
Exemple analysé : attendre que le sucre fonde dans l’eau (L’Évolution créatrice, 1907) impose un délai qui n’a rien de mathématique.
Limite : Bachelard tient la continuité pour une illusion rétrospective, et la thermodynamique montre que l’irréversible n’est pas seulement vécu.
Attention — « quand j’attends le bus » ne vaut rien : la thermodynamique, la madeleine de Proust, le procès Eichmann ou la prescription en droit pénal portent l’idée.
Cas 4 · Expliquer un texte sur le temps
Réflexe — je dégage la thèse du texte, la thèse qu’il combat, puis j’explique chaque concept dans l’ordre du texte.
Exemple. Augustin : « C’est en toi, mon esprit, que je mesure le temps. »
Thèse : il n’y a pas trois temps mais trois présents dans l’âme : la mémoire, l’attention, l’attente (Confessions, livre XI).
Thèse combattue : un temps qui se mesurerait dans les choses, hors de l’âme ; or le passé n’est plus, l’avenir n’est pas encore et le présent n’a pas d’épaisseur.
Concept à expliquer : la distensio animi, une âme qui se tend entre ce qu’elle retient et ce qu’elle anticipe.
Attention — Augustin ne dit pas que le temps est une illusion : il dit que c’est dans l’âme que le temps se mesure.
Cas 5 · Éviter les contresens
Réflexe — avant d’écrire une thèse, je vérifie qu’elle ne tombe pas dans le contresens classique sur l’auteur.
Exemple. Quatre contresens fréquents.
Bergson n’oppose pas un temps « faux » de la science à un temps « vrai » de la conscience : ce sont deux réalités.
Kant ne dit pas que le temps est une illusion : aucun phénomène ne peut lui échapper.
Épicure ne prône pas l’accumulation des plaisirs : il prescrit la sobriété.
Heidegger n’invite pas à penser sans cesse à mourir : l’être-pour-la-mort est une structure de l’existence, non une humeur.
Les pièges
- Confondre temps et durée : écrire « le temps subjectif » sans nommer Bergson.
- Confondre mémoire et souvenir : la mémoire est la faculté, le souvenir son produit.
- Confondre mémoire et histoire : la mémoire est fidèle, l’histoire est vraie.
- Confondre oubli et amnésie : l’oubli est une fonction, l’amnésie une pathologie.
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