Contribuer signifie participer à un effet sans en être la cause unique : le sujet ne demande pas si l'art libère, mais quelle part il prend dans une libération. Il faut distinguer la liberté du spectateur, celle du créateur et la liberté politique.
L'art nous libère-t-il effectivement, ou ne fait-il qu'offrir une évasion imaginaire qui laisse intactes nos servitudes réelles ?
Le plan en trois parties
L'art libère l'esprit des habitudes et des conformismes
- L'œuvre suspend l'intérêt et l'usage : elle nous délivre un moment de la logique des besoins.Kant, Critique de la faculté de juger
- Elle apprend à voir autrement, donc à refuser ce que l'habitude imposait comme allant de soi.Alain, Propos sur les pouvoirs
- Elle rend sensible une situation partagée et rend possible une parole commune sur le monde.Arendt, Condition de l'homme moderne
Mais l'art peut aussi endormir et servir la domination
- La consolation esthétique peut tenir lieu d'émancipation réelle et détourner de l'action.Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel
- Le divertissement industriel amollit les volontés plus sûrement qu'il ne les brise.Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II
- Se croire libéré par une émotion esthétique, c'est encore ignorer les causes qui nous déterminent.Spinoza, Éthique, I, appendice
L'art contribue à la liberté à condition d'être reçu activement
- L'œuvre appelle une reprise par le spectateur : elle ne libère pas seule, elle demande un travail.Merleau-Ponty, L'Œil et l'Esprit
- Créer et recevoir engagent une liberté qui, pour valoir, doit vouloir celle des autres.Beauvoir, Pour une morale de l'ambiguïté
- La liberté artistique n'est effective que protégée par des institutions qui la garantissent.Mill, De la liberté
Si l'art ne libère qu'à proportion du travail qu'il exige, la démocratisation culturelle doit-elle viser l'accès aux œuvres ou la formation du regard ?