Punir, c'est infliger un mal en réponse à une faute ; rendre justice, c'est rétablir un ordre rompu. Rien ne garantit que le premier accomplisse le second, puisque la peine ajoute une souffrance sans effacer le tort.
La peine répare-t-elle l'injustice commise, ou n'ajoute-t-elle qu'un mal à un autre sous couvert de justice ?
Le plan en trois parties
Punir, c'est rendre à chacun son dû
- La peine doit être proportionnée au délit, indépendamment de son utilité : c'est l'exigence du droit.Kant, Doctrine du droit
- La sanction nie la négation du droit et rétablit sa validité.Hegel, Principes de la philosophie du droit
- La justice corrective rétablit l'égalité rompue par l'infraction.Aristote, Éthique à Nicomaque V
Mais punir peut manquer la justice
- La peine excessive et spectaculaire exhibe le pouvoir plus qu'elle ne répare.Foucault, Surveiller et punir
- La justice pénale peut n'être que le ressentiment institué.Nietzsche, Généalogie de la morale
- Une peine utile socialement peut être injuste envers celui qui la subit : l'exemple ne justifie pas tout.Rawls, Théorie de la justice
Punir rend justice si la peine reste mesurée, publique et orientée vers la réparation
- La peine n'est légitime que nécessaire, proportionnée et prévue par une loi publique.Beccaria, Des délits et des peines
- Le procès accomplit ce que la vengeance manquait : il dit publiquement le tort et le nomme.Ricœur, Le Juste
- La victime attend d'être reconnue dans son droit autant que le coupable d'être sanctionné.Arendt, Les Origines du totalitarisme
Si la peine ne répare rien, la véritable justice pénale ne serait-elle pas celle qui vise à rendre possible, un jour, la réintégration du coupable ?