« Pourquoi » demande à la fois la cause et la raison : ce qui nous pousse à la justice et ce qui la justifie. Être juste, c'est adopter une conduite constante de respect du droit d'autrui, y compris quand cela nous dessert.
Faut-il être juste par crainte des sanctions, par intérêt bien compris, ou parce que la justice vaut indépendamment de ses effets ?
Le plan en trois parties
Par crainte et par intérêt
- On se soumet à la loi commune parce que l'état de guerre est pire pour tous : la justice est un calcul de sécurité.Hobbes, Léviathan
- La sanction rend l'injustice coûteuse : le droit agit d'abord sur les mobiles sensibles.Kelsen, Théorie pure du droit
- Mais qui serait juste s'il pouvait devenir invisible ? L'anneau de Gygès ruine cette première réponse.Platon, République II
Parce que la justice est une exigence de la raison
- Une maxime injuste ne peut être universalisée sans se contredire : l'injustice est déraisonnable.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
- Le droit rend compatibles les libertés : être juste, c'est reconnaître qu'autrui a le même titre que moi.Kant, Doctrine du droit
- Des principes choisis sans connaître sa propre place sont acceptables par tous : la justice est ce que nul ne peut raisonnablement rejeter.Rawls, Théorie de la justice
Parce que l'injustice blesse celui qui la subit et défait celui qui la commet
- L'âme injuste est divisée contre elle-même : la justice est la santé de l'âme.Platon, République IV
- L'expérience première n'est pas celle du juste mais celle de l'injuste subi : elle appelle réparation.Ricœur, Le Juste
- L'appel de l'humanité souffrante ouvre une justice qui excède l'obligation sociale.Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion
Si l'on n'est jamais entièrement juste, faut-il tenir la justice pour un idéal régulateur plutôt que pour une qualité que l'on posséderait ?